Chasseur ou proie ? Aux PME de jouer !
La mondialisation en perte de vitesse
Personne ne peut le nier : l'économie mondiale se fragmente à un rythme effréné. Les Américains évoquent ouvertement un « découplage » avec la Chine, tandis que l'UE parle de réduire les risques liés à une dépendance excessive vis-à-vis de grandes puissances telles que la Russie et la Chine. De son côté, cette dernière ambitionne d'être indépendante des États-Unis et de l'Union européenne pour toutes les technologies stratégiques d'ici quelques années. L'Inde a des projets similaires, mais souhaite avant tout une indépendance équilibrée vis-à-vis de la Chine et de la Russie, d'une part, et de l'Occident, d'autre part.
Toutes les grandes économies poursuivent donc leurs propres politiques industrielles qui, d'une part, devraient les rendre moins dépendantes les unes des autres, mais qui, d'autre part, conduisent également à une concurrence sans précédent pour les technologies les plus performantes.
Une avalanche de règles menace d’asphyxier les entrepreneurs
Autre défi épineux : la pression réglementaire dans le secteur technologique est immense. Et ce n’est pas près de changer. Un rapide coup d'œil à la législation actuelle et à venir nous le confirme. Pensez notamment aux mesures de sauvegarde et antidumping sur les importations d'acier et d'aluminium, au CBAM, aux rapports REACH, à la directive ROHS, aux rapports sur la durabilité et à la stratégie obligatoire de diligence raisonnable, aux règles contre le travail forcé et la déforestation, aux règles anticorruption, à la taxonomie verte et sociale, aux licences d'exportation, aux sanctions sur les exportations et les importations, aux règles en matière de recyclage et de traitement des déchets, aux droits d'émission, au contrôle des investissements entrants, des investissements sortants en dehors de l'UE et des subventions étrangères et de leur impact respectif sur les acquisitions, les fusions et l'accès (restrictif) aux marchés publics... Les règles sont indénombrables !
Au vu, non seulement, du volume de la législation, mais aussi, de la vitesse à laquelle elle est promulguée, il devient particulièrement difficile pour les entreprises de continuer à se concentrer sur leurs produits et leurs processus de production. En effet, elles doivent systématiquement vérifier si elles agissent en toute conformité avec le cadre réglementaire. Toutes sortes de rapports doivent être fournis, ce qui soulève toute une série de questions de la part de partenaires commerciaux. La législation évolue si brusquement et si rapidement, et impose tant de responsabilités aux entreprises, que même les consultants commencent à se retirer parce qu'ils « ne veulent pas y associer leur nom », les risques devenant trop importants.
Difficulté d’obtenir des subventions et des autorisations
Le troisième défi sur lequel nous attirons l’attention dans cet article est un problème général au sein de l'Union européenne, mais particulièrement important en Belgique : la difficulté pour les entreprises d’obtenir des subventions et des autorisations. Tim Berckmoes, CEO d’Anglo Belgian Corporation (ABC) et président d'Agoria Vlaanderen, l’exprime comme suit : « Si vous avez besoin de consultants pour avoir une chance d'obtenir des subventions, vous perdez déjà 20 % des montants alloués pour payer les services de ces consultants. » En bref, il est extrêmement difficile de s'y retrouver dans les règles et de recevoir des subventions.
En outre, dans le cadre de la politique industrielle européenne, les règles relatives aux aides d'État ont été assouplies. Conséquence : alors que la Belgique doit remuer ciel et terre pour rassembler quelques dizaines de millions d'euros pour des projets importants, les Français et les Allemands peuvent décupler, sans effort tangible, les montants mis sur la table pour exactement les mêmes projets. Les règles du jeu ne sont plus équitables et la Belgique risque d'en faire les frais.
Il en va de même pour les autorisations, qu'il s'agisse de permis de construire ou de licences d'exportation. Notre pays excelle dans la mise en place de procédures lourdes offrant trop peu de sécurité juridique. Ce problème constitue un frein supplémentaire à l'entrepreneuriat et à la croissance.
Les PME doivent passer à l'offensive
Comme vous pouvez le voir, les défis majeurs à relever en matière de réglementation et de commerce (international) ne manquent pas. Et, comme nous l'avons écrit dans l'introduction de cet article, la meilleure défense, c’est l’attaque. La fragmentation de l'économie mondiale va se poursuivre. Les réglementations visant à faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre deviendront de plus en plus strictes, et il est loin d'être certain que les gouvernements accorderont les subventions et les autorisations nécessaires plus rapidement et avec une plus grande sécurité juridique à l'avenir (bien que nous le demandions instamment !).
Si nos entreprises belges, et en particulier les PME, subissent passivement ces réalités, elles auront du mal à continuer à faire face à tous ces défis dans un avenir (très) proche. Dans ce cas, elles risquent de devenir elles-mêmes des proies pour des repreneurs et il y aura par conséquent moins de connaissances, d’innovation et de production dans notre pays.
En guise de dernier conseil, nous ne pouvons donc que vous encourager à envisager des fusions et acquisitions de manière assertive. Si votre PME est forte de son produit, vous devez oser aspirer à devenir un acteur européen. En effet, un accroissement d’échelle permet non seulement de produire plus, mais aussi de réduire les coûts au sein du groupe et de répartir les coûts supplémentaires résultant des défis mentionnés dans cet article sur des ventes plus larges de biens et de services.
Cet accroissement d’échelle revêt aussi une importance stratégique. Car, lorsque les entreprises nationales procèdent elles-mêmes à des acquisitions, les centres de décision sont également implantés dans notre pays, et non dans d'autres pays européens ou non européens. Nous ancrons ainsi la connaissance, l'innovation et la production au cœur politique de l'Union européenne, de l'OTAN et de toutes les organisations internationales qui ont leur siège en Belgique. Et de cette manière, nous préservons la prospérité dans notre propre pays.