Laurence Jacobs: "L'inclusion et la diversité sont une réponse aux tensions sur le marché de l'emploi"

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Laurence Jacobs
Publié le 07/03/23 par Laurence Jacobs
En tant que membre d'Agoria, il y a de fortes chances que vous ayez déjà rencontré Laurence Jacobs. En tant que Business Relationship Officer, elle est souvent le premier contact des entreprises et, en tant qu'ambassadrice Women in Tech, elle s'engage à accroître l'inclusion et la diversité dans le secteur technologique. Comment votre entreprise peut-elle devenir plus inclusive et contribuer ainsi à remédier à la pénurie de main-d'œuvre ? Laurence partage son expérience.

Quelle est ton expertise au sein d'Agoria ?

Laurence : « J’y travaille en tant que chargée de relations et Women in Tech Ambassador.  En tant que gestionnaire des relations, j'aide nos membres à se développer. D'une part, au niveau de la croissance interne, grâce à notre vaste portefeuille de services en matière de conseil fiscal, juridique et RH, ainsi qu’à notre Agoria Academy.  Mais aussi au niveau de la croissance externe, en créant un environnement d’entreprise favorable grâce à nos activités de lobbying, en donnant de la visibilité aux entreprises et en les mettant en contact avec les parties prenantes, les prospects et les partenaires potentiels, y compris dans le cadre de missions internationales.  Je suis environ 400 entreprises digitales, dont la plupart comptent moins de 20 travailleurs - autrement dit, beaucoup de start-ups et de scale-ups.  Je suis le conseiller de première ligne qui, pour les dossiers spécialisés, renvoie les entreprises vers des collègues ayant une expertise dans un domaine spécifique.  Les questions que je reçois sont très diverses, ce qui rend chaque jour fascinant.

En tant que Women in Tech Ambassador, je mets également les entreprises en contact avec les bonnes parties, mais l'accent est alors mis sur la création de cultures d'entreprise inclusives et sur l'introduction d'une plus grande diversité.  J'écris également des livres sur ce sujet afin de toucher au maximum le grand public sur cette importante question.  Il y a deux ans, j'ai publié mon premier livre sur l'impact de la digitalisation sur notre société.  J’en suis maintenant à mon deuxième livre, « Women in Tech : a perfect fit for a sustainable and inclusive future », dans lequel je parle dans un langage clair de la nécessité d’une plus grande diversité et de la présence de femmes dans le secteur technologique, de l'impact positif de la diversité dans votre entreprise, et de la manière de s'y prendre concrètement. »

 

Quel est ton parcours et comment avez-vous rejoint Agoria ?
Laurence :
« Depuis l'enfance, j'ai toujours eu un intérêt marqué pour la technologie et le numérique, de la programmation des magnétoscopes à l'essai de nouveaux gadgets.  Mais étrangement, peut-être sous l’influence de stéréotypes, je n'ai jamais pensé à poursuivre mes études dans ce domaine.  Je viens d'une famille où l'on étudie la culture, la philologie ou l'archéologie.  Étudier l'histoire à la VUB s’est donc imposé comme un choix évident.  Mais je trouve cela très intéressant de considérer les gens et la société d'un point de vue historique à travers des lunettes numériques, pour ainsi dire.  Après mes études, j'ai travaillé dans une entreprise TIC pendant 13 ans et j’ai rejoint Agoria il y a environ six ans.  La mission consistant à rendre la technologie accessible et à relever les défis sociétaux grâce à la technologie me parle beaucoup. »

Quelles sont les questions que tu reçois souvent actuellement ? 
Laurence :
« Trouver des talents demeure un défi.  Car si la croissance est la priorité de nombreuses entreprises, elle implique aussi souvent de disposer de suffisamment de talents.  L'inclusion et la diversité peuvent constituer (une partie de) la solution.  En effet, les chiffres ne mentent pas : dans le secteur technologique, 22 % des collaborateurs sont des femmes, et parmi elles, seules 18% occupent effectivement des fonctions IT.  D'une part, cela s'explique par un faible afflux de femmes, celles-ci étant toujours minoritaires dans les orientations STEM.  D'autre part, il y a le flux sortant : on constate que près de la moitié des collaboratrices quittent le secteur avant l'âge de 35 ans.  Il s'agit d'ailleurs de chiffres globaux, qui ne s'appliquent pas uniquement à la Belgique. 

Il existe de nombreuses initiatives intéressantes, comme les programmes de mentorat ou de coaching, mais elles ne représentent qu'une partie de la solution. Nous devons vraiment favoriser les cultures d'entreprise inclusives.

Laurence Jacobs, Women in Tech Ambassador

 

Le fait que la culture d'entreprise n'est pas toujours inclusive constitue une des explications.  Les femmes sont souvent isolées au sein d’une équipe d'hommes, sont considérées comme des juniors ou se voient attribuer des tâches administratives.  Nous pouvons et devons changer cette situation.  Il existe de nombreuses initiatives intéressantes, comme les programmes de mentorat ou de coaching, mais elles ne représentent qu'une partie de la solution.  Nous devons vraiment favoriser les cultures d'entreprise inclusives.  En tant que femme, même si vous avez un profil solide, si vous n'avez pas d'opportunités, vous n'irez pas loin. »

Comment t'efforces-tu d’inverser la tendance, et comment les entreprises peuvent-elles appréhender cette inclusion ?
Laurence :
« La sensibilisation est très importante.  Souvent, les entreprises ne sont pas conscientes du problème.  Il est donc important de savoir comment vos collaborateurs se sentent et vous perçoivent en tant qu'employeur et de prendre du recul pour examiner les processus internes : sont-ils objectifs, neutres et transparents ? 
Il y a deux ans, en collaboration avec la Arteveldehogeschool et Inclusion Now, nous avons examiné dans quelle mesure l'inclusion était déjà présente dans le secteur technologique belge.  Nous avons réuni des entreprises pour qu'elles puissent partager leurs expériences et s’inspirer mutuellement. Nous avons rassemblé ces idées sur la plateforme inclusionatwork.be qui nous sera d'une aide précieuse dans les années à venir.  Vous y trouvez des conseils sur la manière de lancer un parcours d’inclusion, de convaincre et d'engager votre direction, d'élaborer une stratégie liée à votre mission et à votre vision, et sur les actions concrètes que vous pouvez entreprendre.

L'opportunité existe en tout cas.  Nous avons besoin de talents, nos méthodes traditionnelles de recrutement ne suffisent plus. Comment rechercher des talents qui n'ont pas suivi la voie traditionnelle ?  En Belgique, nous sommes bien placés pour cela, car nous pouvons nous appuyer sur un très large écosystème qui mise sur le reskilling et l’upskilling.  Et mon travail consiste à connecter les deux parties. Une plus grande diversité présente de nombreux avantages : vous disposez d’une plus grande capacité d'innovation, vous prenez des décisions mieux étayées et vous contribuez à une culture d'entreprise positive et à une marque employeur forte.  De plus, vos produits et services sont alors mieux adaptés à notre société diversifiée. »
Quels sont les dossiers qui vous ont donné le plus de fil à retordre jusqu'à présent ?
Laurence : « Précisément celui-là ! C'est l'un des défis des années à venir, également dans le cadre de la stratégie d’Agoria en matière de durabilité.  L'un de nos engagements consiste à attirer davantage de femmes dans le secteur des technologies. Nous nous efforçons d'assurer l'égalité de genre dans le recrutement et les promotions et nous souhaitons que les femmes occupent 25 % des postes à responsabilités d'ici 2030.  Ce sera vraiment un défi.  Une enquête de référence est prévue cette année, puis nous élaborerons un plan afin de pouvoir accompagner nos entreprises.  C'est un défi énorme, vous devez travailler dans tous les domaines, du recrutement et de la rétention des talents à vos processus et à la culture d'entreprise. »

Nous nous efforçons d'assurer l'égalité de genre dans le recrutement et les promotions et nous souhaitons que les femmes occupent 25 % des postes à responsabilités d'ici 2030. Ce sera vraiment un défi.

Laurence Jacobs, Women in Tech Ambassador

 

Quelles tendances observes-tu ?
Laurence :
« En termes de diversité, les choses évoluent déjà davantage dans la bonne direction.  La prise de conscience est plus forte qu'il y a cinq ans, en grande partie parce que le problème des talents prend beaucoup d'ampleur.
Sur le plan numérique, je pense que l'intelligence artificielle va définitivement changer la donne.  Des outils comme DALL-E et ChatGPT peuvent apporter une valeur ajoutée à votre travail, mais il est également nécessaire de les intégrer correctement. En même temps, j’observe une menace croissante en matière de cybersécurité.  Un grand nombre de cyberattaques ont lieu chaque jour, près de la moitié des PME en Belgique en ont déjà été victimes. Il faut vraiment que cela devienne une priorité absolue pour nos entreprises.

Au niveau macroéconomique, il y a évidemment le changement climatique, la guerre des talents évoquée plus haut, et la transition numérique qui se conjuguent. Au sein d'Agoria, nous parlons d’une triple transition, qui touchera toutes les entreprises, petites et grandes. »

Comment vois-tu ton rôle évoluer  à l’avenir ?
Laurence :
« Il va évoluer vers une approche proactive et basée sur les données. Je dois en effet soutenir 400 entreprises. Et c’est en axant mon travail sur les données que je vais pouvoir gérer le tout. La pandémie de Covid nous a permis de travailler beaucoup plus efficacement dans certains domaines et nous a montré que l'on pouvait aussi faire progresser rapidement les gens grâce au numérique.  Dans ma fonction, la technologie constitue donc également un énorme levier.

Autre chose que tu souhaites transmettre aux lecteurs ?
Laurence :
« Vous pouvez tirer énormément de valeur de votre affiliation à Agoria, mais cela demande du temps et de l'énergie.  Cette affiliation vous sera vraiment utile si vous avez le réflexe de faire compléter par Agoria l'expertise que vous n'avez pas en interne.  Notre portefeuille de services est extrêmement vaste, et la plupart de ces services sont inclus dans votre affiliation.  Donc, plus vous en faites usage, plus vous en retirez de la valeur.

Je souhaite en outre attirer l’attention le master exécutif « S.HE GOES Digital »  que j'ai eu le privilège de lancer en collaboration avec Febelfin, la VUB et l'ULB. Des étudiants sans formation STEM y sont formés en un an à l’encodage, à l'IA et aux données, à la cybersécurité, aux méthodologies IT, etc. Le premier groupe, comptant 22 femmes et 4 hommes, a commencé avec succès le cycle en janvier !  Les personnes intéressées à participer au deuxième groupe en septembre doivent me contacter sans hésiter. »

Qui est Laurence?
- Business Relationship Officer et Women in Tech Ambassador
- En plus de passer du temps de qualité avec ses amis et sa famille, Laurence s’adonne à la lecture de livres, de journaux et de newsletters, tout en prenant elle-même la plume.
- Sa devise :  « The biggest room in the world, is the room for improvement : une mentalité de croissance et de développement constant nous permet de rester motivés, mais également humbles et ouverts d’esprit. Cela nous permet de repérer plus facilement les opportunités et d'en tirer pleinement parti ! »

Vous pouvez contacter Laurence pour, entre autres :

  • Obtenir des conseils de première ligne sur les défis de la croissance
  • Apprendre comment appréhender l’inclusion et la diversité
  • Trouver des atomes crochus avec d’autres entreprises
  • Obtenir des modèles pour toutes sortes de contrats juridiques et RH : accords de confidentialité (NDA), contrats pour freelances, contrats de travail, car policy, etc.
  • Avoir un aperçu des tendances (digitales), des réglementations, etc.
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Une question pour Laurence ? Contactez-la ici.

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