Digital Decade 2025 : Un leadership belge à confirmer

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Publié le 17/06/25
La Commission européenne confirme dans son rapport Digital Decade 2025 que la Belgique figure parmi les leaders européens de la transformation numérique, tant dans les entreprises que dans les services publics. L’adoption rapide de l’intelligence artificielle, le renforcement de la cybersécurité et la vitalité de son écosystème d’innovation lui confèrent également un réel avantage compétitif.

Pourtant, ce leadership reste fragile : la Belgique doit impérativement intensifier ses efforts, notamment en matière de compétences numériques, pour ne pas laisser filer cette avance et répondre aux ambitions nationales et européennes. « La Belgique a prouvé qu’elle pouvait prendre de l’avance. Le défi désormais est de la maintenir. Cela passera nécessairement par une mobilisation forte et collective autour du développement des compétences », avertit Bart Steukers, CEO d’Agoria, la fédération de l’industrie technologique.
Des performances solides mais des écarts à combler

La Belgique affiche des performances numériques solides, dépassant largement la moyenne européenne sur plusieurs indicateurs. Elle se distingue notamment par la digitalisation de ses PME : en 2024, 83,7 % d'entre elles avaient atteint un niveau de digitalisation de base, bien au-dessus des 72,91 % européens, confirmant une dynamique solide et continue.

L’adoption de l’intelligence artificielle constitue un autre point fort, avec 24,71 % des entreprises belges ayant déjà recours à l’IA, soit près du double de la moyenne européenne. Toutefois, cette avancée cache une fracture technologique : si l’IA est bien implantée dans les grandes entreprises (66,27 %), seules 23,09 % des PME l’ont adoptée.

Ces bons résultats s’expliquent notamment par les efforts des trois Régions. Mais atteindre 75 % d’entreprises utilisatrices d’ici 2030 reste un défi. Il faudra poursuivre l’élan, en particulier auprès des PME

Bart Steukers, CEO d’Agoria.

 

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(Source : Belgium Digital Decade Rapport 2025)

Sur le plan de la recherche et de l’innovation, la Belgique figure parmi les leaders européens, avec une forte intensité de R&D. Néanmoins, elle peine à transformer ses avancées scientifiques en innovations commercialisées, en particulier dans les PME. Ce "gap" est accentué par un faible taux de création d’entreprises, freinant le renouvellement économique.

Malgré un contexte européen difficile en 2023, la tech belge a connu un rebond impressionnant en 2024, atteignant 1,43 milliard d’euros d’investissements et voyant émerger sept licornes. Ce dynamisme témoigne de la maturité croissante de l’écosystème technologique national.

Enfin, les services publics numériques belges se démarquent également, avec des performances supérieures à la moyenne européenne en e-Government, services aux entreprises et accès aux données de santé, confirmant l’efficacité des investissements publics dans le numérique.

En ce qui concerne la connectivité, la Belgique y est félicitée pour son rattrapage rapide en matière de 5G et sa position de leader en matière de gigabit fixe mais reste à la traîne en ce qui concerne le déploiement de la fibre optique.

Le capital humain, clé de la continuité et de la compétitivité

La Belgique progresse en compétences numériques, avec 59,4 % d’adultes ayant un niveau de base en 2023, au-dessus de la moyenne européenne mais encore loin de l’objectif national de 80 % d’ici 2030. Le pays compte aussi 5,7 % de spécialistes ICT dans l’emploi, en hausse mais en deçà de l’objectif de 10 %, avec un besoin estimé de 220 000 profils supplémentaires.

Le taux de vacance dans l’ICT (5,4 %) est le plus élevé d’Europe, et le vivier de talents reste limité : seulement 18,3 % des étudiants sont en filières STEM (UE : 27,1 %), et la part des femmes spécialistes ICT a même légèrement reculé (19 % en 2024).
Malgré les actions menées, les inscriptions et la féminisation des filières évoluent peu. Dans un contexte de numérisation généralisée, intégrer les compétences numériques dans toutes les formations devient crucial. Elles peuvent ouvrir la voie à des spécialisations clés comme l’IA ou la cybersécurité, qui requièrent des profils hybrides, alliant technique et compétences humaines.

« Si nous voulons atteindre les objectifs 2030 de la Digital Decade, nous devons accélérer la montée en compétences mais surtout élargir le vivier de talents. Cela signifie aller au-delà de la formation d’experts ICT : il est désormais essentiel d’intégrer les compétences numériques de base dans tous les parcours de formation et dans l’ensemble des métiers. Le numérique doit devenir une compétence fondamentale pour chacun », souligne Bart Steukers.

 

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