Le potentiel belge de décarbonation réside principalement dans le déploiement des technologies climatiques

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Publié le 14/08/25 par Charlotte van de Water
Juste avant l'été, la Commission européenne a présenté sa proposition pour l'objectif climatique 2040, à savoir une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % par rapport à 1990. Il s'agit d'une étape intermédiaire vers l'objectif final de 2050, date à laquelle nos activités économiques ne devraient plus générer d'émissions supplémentaires. Pour la Belgique, cela se traduit concrètement par un objectif climatique national obligatoire, qui devra être atteint grâce à une combinaison de politiques fédérales et régionales. Alors que le débat politique à ce sujet bat son plein, les efforts se poursuivent pour atteindre l'objectif fixé pour 2030. Bien que l'Europe soit raisonnablement en phase avec cet objectif, la Belgique est encore un peu à la traîne. Dans le même temps, le chemin qui reste à parcourir est plus difficile que celui qui a déjà été parcouru. Dans cet article, nous examinons ce qui a été fait jusqu'à présent et où se trouve encore le potentiel de réduction. La contribution de l'industrie technologique consiste à la fois à réduire ses propres émissions et à concevoir et produire les solutions sociales nécessaires.

La Belgique travaille actuellement à la mise en œuvre de la politique climatique qui a été élaborée pour atteindre l'objectif de 2030. Concrètement, cela signifie une réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990. Pour la Belgique, cet objectif s'est traduit par une réduction de 47 % par rapport à 2005. La différence des années de comparaison est liée à une décision politique qui a été incluse dans le Protocole de Kyoto pour obtenir l'adhésion de tous les pays.  

Pour évaluer l'état actuel des choses, nous nous penchons sur les données de mesure des émissions de gaz à effet de serre les plus récentes, soit 2023. À l'époque, la réduction des émissions de gaz à effet de serre réalisée en Europe était d'environ 34 % par rapport à 1990. Si l'on ne considère que l'objectif dont la Belgique est responsable, la réduction obtenue s'élève à environ 20 %. Concrètement, cela signifie qu'en 2023, l'Europe était juste un peu plus avancée que nécessaire pour atteindre son objectif. La Belgique était légèrement en retard. Cependant, afin de réaliser un réel état des leiux, il est également important d'examiner l'évolution qui se cache derrière les chiffres.  

Quel est le score de l'industrie technologique elle-même ?

En termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'industrie technologique a déjà obtenu de bons résultats. Non seulement ses propres émissions ont diminué de plus de 40 %, mais l'industrie technologique est également la plus électrifiée ; la consommation d'électricité en 2023 représentait environ 60 % de la demande totale d'énergie. Si l'on regarde les chiffres de nos entreprises membres, cela représente même environ 70 %. Ce chiffre est assez élevé par rapport à d'autres industries, où l'électricité est plus susceptible de représenter 5 à 45 % de la consommation totale d'énergie. En ce sens, l'industrie technologique est sur la bonne voie en matière climatique, mais elle doit faire face à un certain nombre de défis de taille. Les résultats actuels ont été principalement obtenus grâce à un engagement en faveur de mesures offrant un retour sur investissement favorable, comme l'efficacité énergétique. Les prochaines réductions devront être réalisées avec des processus plus compliqués à électrifier et où le retour sur investissement est plus difficile.  

Part de l'électricité dans la demande totale d'énergie pour Agoria par rapport à l'industrie (2023)

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Cela nécessite des investissements plus complexes et plus risqués, d'autant que la technologie requise n'est pas toujours suffisamment mature (voir : The challenges facing the climate tech industry | McKinsey). Là où il y a encore du potentiel, par exemple, c'est pour rendre le chauffage des bâtiments plus durable. Cependant, il est essentiel et urgent de travailler sur l'accessibilité à des alternatives énergétiques durables : par exemple, plusieurs entreprises sont actuellement sur liste d'attente pour un raccordement au réseau électrique. Pour aller plus loin, il faut en particulier résoudre un certain nombre de goulets d'étranglement graves sur lesquels les entreprises n'ont guère de contrôle individuellement.  

Quel est le potentiel de réduction sociale de la technologie ?  

En plus de réduire ses propres émissions, l'industrie technologique contribue également à la réalisation des objectifs en développant les alternatives nécessaires pour réduire les émissions sociales. D'une part, cette technologie est nécessaire pour aider les entreprises de l'industrie lourde, par exemple, à réduire leurs émissions. Par exemple, on estime que les produits chimiques, l'acier, le raffinage, l'alimentation et le ciment sont responsables d'environ 70 % des émissions industrielles. Plus de 65 % de la demande totale d'énergie industrielle a été satisfaite par l'utilisation de combustibles fossiles. Au cours des dernières années, les entreprises membres d'Agoria se sont concentrées sur le développement des alternatives nécessaires pour soutenir ces industries dans leur transition, telles que la technologie de l'hydrogène, l'optimisation et la récupération de chaleur CVC, les systèmes de gestion de l'énergie et les solutions durables pour les réservoirs de stockage.

La demande d'énergie d'Agoria par rapport à l'industrie, aux marchés et au secteur de l'énergie (2023) :

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D'autre part, des technologies telles que les véhicules électriques, les pompes à chaleur et les systèmes d'automatisation contribuent également à la transformation d'un certain nombre de marchés (voir « marchés » sur le graphique), à savoir le résidentiel, les entreprises non industrielles, le transport routier et l'agriculture. Le potentiel est important : la demande d'énergie d'environ 240 TWh est presque deux fois plus élevée que dans l'industrie technologique. La part des énergies fossiles est également beaucoup plus importante, avec près de 75 % de la demande totale d'énergie. Les éoliennes, les panneaux solaires et la production d'énergie nucléaire sont des technologies qui contribuent à la transition du secteur de l'énergie. Cela joue un rôle particulier dans la réalisation des objectifs : d'une part, à travers ses propres émissions provenant notamment des centrales à gaz, et d'autre part, parce que le coût de l'énergie a un impact significatif sur l'analyse de rentabilité technologique.

Il existe un potentiel de réduction à condition que les obstacles au marché soient éliminés

On peut certainement conclure qu'il existe encore un potentiel d'émissions supplémentaires en Belgique : d'une part, parce que la Belgique est légèrement en retard dans la réalisation des objectifs et d'autre part, parce que les combustibles fossiles sont encore utilisés pour répondre à 70 % de la demande d'énergie. Changer cette situation contribuera non seulement à la réalisation des objectifs climatiques, mais aussi à notre indépendance énergétique.  

Cependant, un certain nombre de conditions préalables doivent être prises en compte :  

  • L'accès aux infrastructures énergétiques nécessaires doit être garanti. Le renforcement du réseau électrique et l'optimisation du potentiel d'efficacité énergétique et de flexibilité jouent un rôle important à cet égard.
  • La maturité de la technologie doit être augmentée, pour qu'il soit intéressant d'y investir. Les investissements nécessaires pour devenir plus durable ne sont pas encore rentables, alors que la concurrence internationale s'intensifie.
  • La confiance des marchés est indispensable pour convaincre les investissements. Augmentez la prévisibilité des factures d'énergie et réduisez les risques liés au financement des projets indispensables, mais souvent complexes, grâce à une vision à long terme qui peut survivre à plusieurs législatures.

La politique joue un rôle important en facilitant ces conditions préalables : Une entreprise individuelle n'a pas la capacité d'influencer elle-même des choses comme les coûts de l'énergie. Il est donc certainement encore possible d'atteindre les objectifs climatiques, mais la simple imposition d'objectifs plus stricts ne suffira pas à créer le mouvement nécessaire. Si, en revanche, nous parvenons à faire en sorte que les dépenses climatiques deviennent un investissement intéressant au lieu d'un simple coût, la transition sera imparable.  

Agoria Agit :  
Agoria a travaillé sur une analyse de la faisabilité des objectifs climatiques. Les résultats ont servi de base à cette publication : Accord d'été et plan climat - Agoria demande un ajustement de l’index et une stratégie cohérente : « Ne faisons pas payer les entreprises deux fois » | Agoria

Agoria, en collaboration avec les experts de l'énergie et du climat, surveille la mise en œuvre des accords de coalition fédéraux et régionaux. Cet article a été publié au début de l'année : Accord de gouvernement fédéral : La compétitivité au cœur de la politique énergétique et climatique | Agoria

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