Enseignements tirés de la mission en Chine pour l'industrie manufacturière belge

Publié le 12/02/26 par Ben Van Roose
Notre industrie est confrontée à une situation complexe : la compétitivité est soumise à une forte pression, les prix de l'énergie fluctuent considérablement et, dans le même temps, nous attendons toujours une véritable politique industrielle européenne. Cependant, une récente mission d'inspiration d'Agoria en Chine a clairement montré aux participants que le plus grand danger pourrait bien venir de l'Est. Il est donc grand temps d'élaborer une stratégie claire pour notre industrie manufacturière.

« Vous vous souvenez ? Autrefois, Xiaomi était un constructeur de téléphones. Aujourd’hui, une voiture sort des lignes de production de cette entreprise chinoise toutes les 76 secondes. » Ben Van Roose, manager West-Vlaanderen chez Agoria, ne pouvait sans doute pas trouver d’exemple plus parlant de l’impressionnante vitesse d’innovation en Chine. Une soixantaine de dirigeants d’entreprises et d’institutions de connaissance belges se sont récemment rendus en Chine à l’initiative de la fédération technologique belge. Ils ont pu constater de leurs propres yeux à quel point ce pays de 1,4 milliard d’habitants innove et produit aujourd’hui à un rythme impressionnant. 

Image

 

Le sinologue Pascal Coppens, qui a vécu vingt ans en Chine, a récemment publié un ouvrage consacré au miracle économique chinois (« China’s next miracle »). Lors du salon industriel Indumation à Courtrai, il a rendu la transformation industrielle et technologique fulgurante de ce pays encore plus concrète. « Lorsque je suis arrivé en Chine, c’était encore l’usine du monde. Ce n’était pas surprenant à l’époque : le pays disposait d’une réserve de main-d’œuvre quasi inépuisable et les salaires y étaient très bas. Mais cela valait tout autant pour des pays comme l’Inde ou l’Indonésie. Pour comprendre l’essor industriel impressionnant de la Chine au cours des dernières décennies, il faut surtout regarder la culture et l’approche chinoises. » Coppens souligne que les Chinois ne travaillent pas seulement de manière très coordonnée et collective, mais qu’ils abordent aussi l’innovation de manière très différente du monde occidental. « Oubliez la chaîne européenne classique faite de recherche, d’innovation technologique, de levée de fonds auprès d’investisseurs et, enfin, de conquête du marché via un marketing ciblé. Les Chinois ont totalement inversé cet ancien modèle d’innovation. Leur point de départ est la quantité, la qualité vient ensuite. Ils s’emparent d’un marché existant avec un produit relativement simple et peu innovant sur le plan technologique, acquièrent rapidement un grand nombre de clients, puis commencent réellement à innover technologiquement. La concurrence en Chine est féroce, mais les entreprises ou technologies qui émergent au final sont aujourd’hui extrêmement performantes et particulièrement innovantes. » 

Image

 

Pour étayer son propos, Coppens a également avancé quelques chiffres impressionnants. Alors que les États-Unis et l’Europe se focalisent sur l’américain ChatGPT ou Copilot, 40 % de tous les modèles d’AI sont déjà développés en Chine. Un tiers des nouveaux ingénieurs dans le monde obtiennent aujourd’hui leur diplôme en Chine et, selon une étude australienne, le pays a acquis en 2026 le leadership mondial dans 57 des 64 domaines technologiques les plus critiques. Dans les sept technologies restantes, les États-Unis occupent la première place, tandis que l’Europe « historique » ne dépasse nulle part la troisième ou quatrième position.

Hub d’innovation

Il y a donc du travail pour l’industrie européenne et flamande. Dans cette optique, huit organisations et partenaires de connaissance (Agoria, Flanders Make, Sirris, Howest, UGent, Vives, Kulak et POM West-Vlaanderen) unissent désormais leurs forces au sein du hub d’innovation The factory of the future is bright. Ensemble, ils souhaitent apporter une réponse concrète à la question suivante : comment, en Flandre, pouvons-nous contrer cette impressionnante capacité d’innovation chinoise ? 

Image

 

Sur ce point, tous les intervenants du panel à Courtrai étaient unanimes : il n’y a plus de temps à perdre et nos entreprises doivent devenir plus compétitives et plus productives en capitalisant sur leurs propres atouts. « Copier purement et simplement le modèle chinois n’est pas une option », souligne également Herman Derache (Managing Director Sirris). « Les entreprises chinoises peuvent, si nécessaire, expérimenter et enregistrer des pertes pendant plusieurs années — un modèle impensable chez nous. Notre industrie manufacturière ne repose pas, contrairement à la chinoise, sur des volumes très élevés, mais sur des volumes plus réduits combinés à une bien plus grande diversité de modèles. Cette flexibilité est une force que nous devons préserver, tout en augmentant impérativement notre productivité. » Sur ce plan, nous conservons encore une avance sur la Chine, même si celle-ci s’érode progressivement. Derache plaide donc pour un déploiement accéléré de l’AI afin d’accroître cette productivité. « Nous devons ancrer notre industrie manufacturière ici, en acceptant que l’emploi dans les usines du futur sera probablement plus limité », conclut-il. C’est d’ailleurs déjà une réalité en Chine : plusieurs centaines de « dark factories » y fonctionnent aujourd’hui — des usines entièrement automatisées qui produisent 24/7 sans présence humaine.

Plus d’audace

Image

 

Karel Viaene (Co-Founder Vintecc) souligne également l’importance d’un horizon temporel plus court pour l’industrie manufacturière flamande. « Nous devons non seulement expérimenter davantage, mais aussi nous adapter plus rapidement et miser sur plus d’innovation en laissant jouer au maximum la concurrence entre acteurs. » Il croit également fermement au déploiement de robots humanoïdes dans les environnements de production, dont le prix baisse aujourd’hui très rapidement. Grisja Lobbestael (CEO Flanders Make) partage une réflexion similaire. « En Flandre, nous devons surtout oser miser sur différentes technologies qui, ensemble, permettront une digitalisation poussée de notre production. Seule une automatisation rapide et très flexible permettra à nos entreprises de configurer rapidement leur appareil productif et de l’adapter si nécessaire », affirme-t-il. Il a ainsi exprimé un sentiment largement partagé parmi les participants : si nous voulons rester compétitifs face à la Chine, nous devrons également être capables de mettre nos produits sur le marché beaucoup plus rapidement. Tom Verbaeten (Chief Supply Chain Officer – CSCO CNH Industrial) ne peut que le confirmer sur la base de son expérience pratique. « L’automatisation coûte encore très cher en Belgique, ce qui ralentit considérablement les choses. Cela doit vraiment changer, et cela nécessite davantage d’audace et de leadership. Je constate qu’en Chine, mais aussi au Brésil ou en Inde, des choix économiques stratégiques sont posés. En Flandre, cela n’a pas suffisamment été le cas ces dernières années. Le coût salarial structurellement élevé et les prix de l’énergie qui explosent dans notre pays en sont les meilleurs exemples. Cela rend la concurrence particulièrement difficile pour nos entreprises. »

En savoir plus sur le hub d’innovation « The factory of the future is bright » ? Contactez Ben Van Roose ou Tjorven Denorme.

Cet article était-il utile ?

Sujets qui pourraient vous intéresser