L'approche belge 'Factories of the Future' séduit l'Europe: " Un incitant supplémentaire à franchir le pas pour les entreprises "
La Belgique compte actuellement 32 usines du futur. Les Factory of the Future Awards sont décernés depuis 2015 à des entreprises ayant subi une transformation complète. Ce trajet Made Different débute par un audit axé sur sept domaines de transformation, lequel permet à l'entreprise de savoir où elle en est actuellement et de se situer par rapport aux autres entreprises. Débute ensuite la phase de transformation. Si l'entreprise parvient à mener à bien les sept transformations, elle peut concourir pour un Factory of the Future Award, titre qu'elle portera ensuite pendant 3 ans.
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Quelque 800 entreprises issues de toute la Belgique se sont lancées à ce jour, parmi lesquelles figurent, outre les entreprises membres d'Agoria, de plus en plus d'entreprises du secteur de l'alimentation, du textile, des biotechnologies et du bois. Le succès de ce programme n'est pas non plus passé inaperçu au niveau européen. À l'heure où nous écrivons ces lignes, le programme a été déployé en tant que projet pilote dans huit pays européens en plus de la Belgique (France, Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Italie, Espagne, Pologne et Slovénie).
En dépit de ces bonnes nouvelles, de nombreuses entreprises se tiennent encore sur la réserve. Au total, la Belgique compte environ 3.000 entreprises manufacturières. Cela signifie que plus de 2.000 entreprises n'ont pas encore franchi le pas, certaines ne se sentant sans doute pas concernées ou pensant que cela ne serait pas réalisable. Rien n'est moins vrai. " Ces entreprises ne doivent pas rater le coche. Il n'est pas encore trop tard pour prendre le train en marche mais il ne faut plus tarder. " C'est pourquoi Agoria organise cinq sessions d'inspiration, afin de rallier également ces entreprises et de fournir de plus amples explications concernant la méthodologie Made Different.
Qu'est-ce qui fait la particularité d'une Factory of the Future ?
Ben : Ce titre constitue la récompense ultime pour les entreprises qui ont terminé l'ensemble du trajet avec succès. Ces entreprises se sont ainsi préparées aux défis qui les attendent à l'avenir et mettent la technologie à profit pour s'implanter durablement. Mais il s'agit surtout de la méthodologie reposant sur sept domaines de transformation et permettant aux entreprises de progresser sur le plan de la compétitivité, des compétences, talents, etc.
Paul : L'Award est facultatif. Certaines entreprises décident délibérément de ne pas concourir pour un Award car certaines transformations sont par exemple moins prioritaires pour elles à ce moment-là. C'est un choix légitime. Mais si vous souhaitez vous implanter durablement ici, vous devrez à un moment ou l'autre travailler sur l'ensemble des domaines. L'on pourrait comparer cela à un puzzle qui ne serait complet qu'une fois la dernière pièce posée. Lorsqu'une pièce manque, vous êtes vulnérable dans ce domaine.
" Si vous souhaitez vous implanter durablement ici, vous devrez travailler sur les sept domaines. L'on pourrait comparer cela à un puzzle qui ne serait complet qu'une fois la dernière pièce posée. Lorsqu'une pièce manque, vous êtes vulnérable dans ce domaine. "
Ben : Les domaines de transformation ont pratiquement tous été repris dans le projet européen. Cela montre que l'Europe et les huit pays précités sont également convaincus de la pertinence de cette approche. Le point fort de cette approche est qu'elle est axée sur les mêmes domaines de transformation depuis les sessions d'inspiration jusqu'aux Awards. Que vous rejoigniez le programme via les sessions d'inspiration, que vous intégriez les réseaux d'apprentissage ou que vous vous trouviez dans la phase d'évaluation finale pour l'Award ou une reconnaissance européenne, il sera toujours question des mêmes domaines pour tout le monde.
Certaines entreprises ont-elles raison de ne pas se sentir concernées ?
Paul : Absolument pas ! Et il ne faut pas croire non plus que le programme est réservé aux grandes entreprises manufacturières. La première promotion comptait déjà par exemple deux PME : Provan et Newtec. Malheureusement, nous constatons que de nombreuses entreprises ne sont pas encore passées à l'action et se tiennent sur la réserve. Nous ne pouvons cautionner une telle attitude. C'est le message que nous devons faire passer lors des sessions d'inspiration.
Ben : Nous nous trouvons toujours en période de relativement haute conjoncture. Bien qu'elle ne soit plus aussi forte qu'il y a quelques années, la croissance se poursuit. Or, le meilleur temps pour réparer sa toiture, c'est lorsque le soleil brille. Dès lors, il est important de s'y mettre dès à présent. Nous ne voulons pas faire peur aux entreprises, mais c'est le moment idéal pour se lancer.
" Nous nous trouvons toujours en période de haute conjoncture. Or, le meilleur temps pour réparer sa toiture, c'est lorsque le soleil brille. Dès lors, il est important de s'y mettre dès à présent. "
Paul : De nombreuses Factories of the Future ont décidé de se lancer après avoir visité d'autres entreprises. Lors des sessions d'inspiration, nous présenterons quelques exemples éloquents et des roadshows (visites de Factories of the Future) sont également organisés en ce moment. Notre but n'est pas de dire aux entreprises ce qu'elles doivent faire ou non mais plutôt de les stimuler : allez voir ce qui se fait chez vos voisins ou allez assister à une session d'inspiration.
Ben : Les sessions d'inspiration conviennent idéalement aux entreprises qui ne savent pas par où commencer et souhaitent acquérir les bases. Entre les deux premières sessions, vous pourrez par ailleurs participer à une visite d'entreprise chez Stas. Vous obtiendrez ainsi une bonne vue d'ensemble et découvrirez l'approche pratique de Stas. Il ne vous restera plus ensuite qu'à poursuivre les sessions d'inspiration et à vous lancer ! Quatre des douze lauréats de cette année sont issus du réseau d'apprentissage, ce qui n'est pas rien. Les entreprises y partagent leur expertise et apprennent les unes des autres.
Quels sont les facteurs qui contribuent à la réussite ou à l'échec d'un projet ?
Paul : Il faut prendre le temps de laisser mûrir l'idée et de sentir si la " vision-ambition " est la bonne. L'entreprise souhaite-t-elle se transformer ? Est-elle suffisamment disposée à le faire ? Le CEO voit-il cela comme un travail d'équipe ? Une culture de l'innovation est-elle déjà présente au sein de l'entreprise ?
Ben : La réussite d'un tel projet dépend du soutien de la direction. Toutes les transformations qui ont abouti à ce jour ont été soutenues par la direction dès le premier jour. Les chances de réussite sont nettement plus élevées que lorsque la direction doit être convaincue.
" Toutes les transformations qui ont abouti à ce jour ont été soutenues par la direction dès le premier jour. La réussite d'un tel projet dépend du soutien de la direction. "
Paul : Vous devez être disposé à faire les choses différemment. Pas simplement à faire mieux ce que vous faites actuellement, non : à le faire différemment. Le monde évolue à un rythme effréné. Vous devez donc repenser votre fonctionnement, recycler votre personnel et oser remettre en question votre propre fonction.
" Vous devez être disposé à faire les choses différemment. Le monde évolue à un rythme effréné. Vous devez donc repenser votre fonctionnement, recycler votre personnel et oser remettre en question votre propre fonction. "
Le programme prend à présent une dimension européenne. Pourrait-on comparer cela à une " Ligue des champions " pour entreprises ?
Paul : La méthode a fait ses preuves en Belgique et l'Europe a estimé qu'il valait la peine de l'appliquer dans d'autres pays. Cette reconnaissance internationale ne doit pas effrayer les entreprises belges qui souhaitent franchir le pas. Au contraire, le fait de savoir qu'elles entreprennent quelque chose qui perdurera pendant de nombreuses années devrait être un incitant supplémentaire.
Le programme européen comprend deux volets. Dans le cadre du premier, nous accompagnons 60 entreprises issues de 15 pays différents à travers les phases d'inspiration, d'audit, de transformation et de mise en oeuvre. C'est la partie la plus importante du projet. En marge de cela, nous souhaitons mettre en contact the best of the best ; on pourrait voir cela comme une sorte de Ligue des Champions. Nous savons d'expérience que les réseaux d'apprentissage sont efficaces et nous allons déployer 15 initiatives de réseaux d'apprentissage au sein desquels les meilleures entreprises seront invitées à se réunir autour d'un thème particulier. Nous souhaitons ainsi rendre les meilleures entreprises encore meilleures.
Nous devrons également tester ultérieurement un Factory of the Future Award au niveau européen. Dans la mesure où il s'agit encore d'un projet pilote, cela sera sous la forme de différents showcases, que l'Europe pourra déjà utiliser pour mieux faire connaître le programme.
" Nous espérons que cette reconnaissance internationale n'effraiera pas les entreprises qui débutent. Au contraire, le fait de savoir qu'elles entreprennent quelque chose qui perdurera pendant de nombreuses années devrait être un incitant supplémentaire. "
Ben : Dans ce cadre, les fournisseurs de solutions revêtent une importance non négligeable. Agoria a pour mission d'intégrer une partie de ses membres dans la partie offre également. Nous les mettrons bien en évidence : à quels fournisseurs de solutions faire appel pour quels domaines de transformation.
Paul : Nous intégrerons explicitement ce volet offre dans le projet européen. Je n'ai pas encore rencontré dans les autres pays de fédération qui représente à la fois le côté offre et le côté demande comme Agoria. Cette particularité confère une énorme valeur ajoutée à nos entreprises.
Ben : Mais le message clé demeure de préparer les entreprises pour l'avenir afin qu'elles puissent s'ancrer plus longtemps, plus fortement et plus durablement en Belgique.
Paul : Dans notre plan pluriannuel, nous reprenons l'image de la montagne. Vous vous apprêtez à gravir une montagne, une montagne haute et escarpée. Cela ne sera pas facile car la barre est haute. Mais vous pourrez compter sur l'aide de quelques sherpas. Ils vous indiqueront le chemin, vous approvisionneront le cas échéant, monteront votre tente et installeront le camp de base. Nous n'agissons pas comme les pouvoirs publics qui vous mettent des fonds à disposition et vous laissent vous débrouiller. Ou comme un institut de recherche qui vous permet de participer à une recherche, mais qui en exploitera lui-même les enseignements. Non, nous sommes une organisation qui vous aidera à atteindre le sommet de la montagne.
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