Près d’un métier sur 3 en pénurie relève du secteur technologique
Chaque année, le FOREM établit cette liste. Elle est importante pour plusieurs raisons : elle permet de définir ou de confirmer la stratégie d’orientation et de formation du FOREM et de ses partenaires, elle autorise l’octroi de dispenses pour les demandeurs d’emploi afin de suivre formations ou études menant à ces métiers, …
En 2021, cette liste comprend 126 fonctions dont 50 critiques « non en pénurie » et 76 en pénurie.
Nous devons certainement faire une pause « méthodologique » sur ces terme « critiques non en pénurie » et « pénurie ». Un métier est considéré comme critique lorsque l’offre n’est pas facilement satisfaite. Pour être qualifiée de « pas facilement satisfaite », l’offre doit cumuler 3 critères :
- Un volume minimum de 25 offres d’emploi du même métier/année (pour éviter de mettre en avant des situations anecdotiques rencontrées par une ou deux entreprises) ;
- Un taux de satisfaction pour les offres d’emploi qui doit être inférieur à la moyenne de l’ensemble des métiers (soit 89,4% en 2020, 84,4% en 2019, soit 88,9 % en 2017 et 86,5% en 2018) ;
- Un délai de satisfaction des offres d’emploi qui doit être supérieur à la moyenne de l’ensemble des métiers (41,3 en 2020, 46,8 en 2019, 43,1 jours en 2018 contre 38,4 jours en 2017 contre 35,6 jours en 2016).
Le métier aura en plus le « tag » pénurie, si en plus de ces 3 critères, le nombre de demandeurs d’emploi positionnés sur ce métier est insuffisant (ratio doit être inférieur à 1,5 càd quand moins de 15 personnes sont disponibles pour 10 offres).
En résumé :
- Pour 2021 en Wallonie, avec l’aide du FOREM, les entreprises trouveront candidat à leur offre d’emploi après 1 mois ½ et cette offre d’emploi aura 9 chance sur 10 d’être satisfaite.
- Cela semble très positif, mais si vous déposez une offre pour un métier figurant dans la liste évoquée plus haut, vous aurez moins de chance, car le délai d’1 mois ½ pour recevoir un candidat sera beaucoup plus long et votre garantie d’avoir un candidat n’est pas du tout assurée !
- Cet aspect plus négatif concerne 10,6% des offres, qui représente tout de même près de 50.000 offres d’emplois et le secteur technologique rassemble à lui seul près de 30% du total de ces métiers en pénuries, rappelez-vous au nombre de 126.
- Les métiers concernés : analyste informatique, soudeur, technicien en système d’usinage, responsable de production, électromécanicien,….
Si nous jetons un œil sur l’évolution depuis 2017, on arrive au schéma suivant :
En bref : plus de métiers critiques (pénurie ou pas) et notre secteur passe de 21 % à 27% !
Mais quelles sont les raisons qui causent ces difficultés de recrutement dans le secteur ?
Elles sont de deux ordres, essentiellement quantitatives : pas assez d’entrées, voire pas d’entrées du tout et donc moins ou pas de personnes diplômées dans les filières STEM. De plus, certaines offres sont plus importantes en nombre que l’année dernière. C’est le cas pour toutes les fonctions dans l’IT. Rappelez-vous, à cet égard l’étude Be the change d’Agoria qui nous annonce qu’en 2030, tous secteurs confondus et pour la Belgique, les offres d’emploi non-satisfaites passeront de 38.000 à 50.000 en 2030 dont un quart dans le secteur IT et les trois-quarts restant pour des experts numériques dans les autres secteurs.
Quelques exemples pour illustrer ce constat de pénurie quantitative :
- Les ingénieurs quelque soit l’orientation (mécanique, électronique, informatique) : les inscrits n’augmentent pas d’année en année et donc moins de jeunes ingénieurs qui sortent. Rappelons que le ratio dans ces filières est de l’ordre de 3. En d’autre mots, si nous voulons 1 diplômé, il faut 3 inscrits à la formation.
- Le tuyauteur industriel, il n’existe pas de formation dans l’enseignement classique. En bref, le jeune doit finir sa scolarité et entamer une formation professionnelle dans un centre de compétence par exemple.
Elles peuvent aussi être qualitatives :
- Formation nécessitant une mise à jour : la formation n’est plus à niveau pour les besoins des entreprises , par exemple à cause du matériel obsolète.
- L’individu n’a pas les compétences pré-requises pour débuter les études ou la formation (connaissances insuffisantes en savoir de base ou en soft skills).
Pourquoi les formations du secteur, alors qu’elles représentent une part importantes du marché, ne sont-elles pas “attractives” alors que les débouchés existent?
Trois raisons principales expliquent cette situation :
- Ce sont des formations difficiles et souvent de longue durée. Et dès lors, elles peuvent faire peur pour un jeune. Reprenons nos exemples : les études d’ingénieur ou les études dans l’informatique demandent de la rigueur et des compétences soutenues ; la formation de tuyauteur industriel dure 9 mois. Cette durée peut expliquer que certaines jeunes abandonnent la formation car ils trouvent un job, moins qualifié, dans un autre secteur.
- Il y a encore de la part du grand public, malgré les campagnes, une image erronée des métiers de l’industrie technologique vu comme des métiers « sales », « pénibles », … alors que nos entreprises sont actuellement dans une révolution industrielle 4.0 : plus d’automatisation, plus de numérisation, …
- Pas assez de femmes dans le secteur. Près de 50% de la population boudent les filières STEM et pourtant notre constat est simple « plus de filles dans les filières technologiques, c’est plus de profils technologiques dans nos entreprises ». En effet, alors que les filles représentent plus ou moins 50% du public “élèves” de l’enseignement (1er, 2ème et 3ème degré), elles ne sont presque pas représentées dans la filière “industrie” (moins de 2% qui représente 300 filles pour toute la fédération Wallonie Bruxelles). Même constat pour les études supérieurs.