La force d'un plan de start-up réside dans son exécution

Image
Frederk Tibau
Publié le 19/06/25 par Frederik Tibau
La Commission européenne ose remettre en question les idées reçues avec son programme pour les start-ups. Mais pour cela, il faut une volonté politique et un état d'esprit favorable dans les États membres, explique Frederik Tibau, expert en innovation numérique et croissance chez Agoria.

Article d'opinion récemment paru dans La Libre.

Plan startups européen : l’intention est bonne, mais le vrai test commence maintenant

Le 28 mai, la Commission européenne a levé le voile sur un programme ambitieux baptisé Choose Europe to Start and Scale. L’objectif est clair : renforcer l’attractivité de l’écosystème startup et scale-up en Europe. Pour y parvenir, plus de trente mesures sont proposées. Ce plan marque enfin la reconnaissance, au plus haut niveau, d’une réalité que les créateurs de start-ups vivent depuis des années : le capital, les talents et les opportunités de croissance ne doivent plus être freinés par les frontières intérieures de l’Union.

Le plan repose sur cinq grands piliers. Il propose la création d’un 28e régime juridique optionnel pour permettre aux entreprises de se développer plus facilement à l’échelle internationale. Il ambitionne également de combler le retard de financement face aux États-Unis grâce à un fonds public-privé de grande ampleur. Il vise à valoriser plus rapidement la recherche académique avec une initiative baptisée Lab to Unicorn. Il prévoit une politique offensive en matière d’attraction de talents internationaux. Enfin, il entend garantir aux startups un accès facilité aux infrastructures stratégiques.

Que l’accent soit mis sur la deeptech et le monde académique n’étonnera personne. Mais dans la réalité, ce sont souvent d’autres profils d’entreprises qui incarnent la croissance en Europe : les éditeurs SaaS de Gand, les pionniers de l’e-commerce à Tallinn, ou les acteurs de la climatetech à Valence. Leurs voix ont-elles vraiment été entendues dans ce plan ?

Pour vraiment dynamiser l'écosystème européen, il faut s'attaquer aux moteurs qui fonctionnent encore mal, comme la bureaucratie lourde et fragmentée combinée à une réglementation stricte.

 

Frederik Tibau, expert Digital Innovation & Growth chez Agoria

 

Reste que pour insuffler une véritable dynamique à l’écosystème européen, il faudra s’attaquer aux moteurs qui calent encore trop souvent. Les marchés publics ne sont pas pensés pour les startups. La dépendance aux hyperscalers étrangers reste préoccupante. La bureaucratie est lente, fragmentée, et parfois tout simplement décourageante. Tous ces freins sont identifiés dans le plan, mais leur résolution dépendra avant tout des États membres.

Et c’est là que les choses sérieuses commencent. Briser des structures figées, remettre en cause des rapports de force établis, voilà le véritable défi. Des initiatives comme l’e-Residency estonienne ou le Zukunftsfonds allemand prouvent qu’un progrès réel est possible quand les décideurs politiques et l’écosystème avancent ensemble.

De la vision à l’action : les mentalités sont-elles prêtes ?

Le plan ne manque pas d’ambition, et certaines propositions sont même audacieuses. Il ose remettre en cause des tabous : imaginer des stock-options harmonisées à l’échelle européenne, instaurer une identité d’entreprise numérique transfrontalière en 48 heures… Voilà des pistes qui méritent d’être saluées. À partir de 2026, un nouveau fonds devrait soutenir les champions deeptech européens dans leur phase de croissance critique. Et c’est nécessaire : selon la Banque européenne d’investissement, l’Europe accuse toujours un retard de près de 100 milliards d’euros par an sur les États-Unis dans les technologies stratégiques.

Mais l’histoire récente invite à la prudence. Le Startup & Scale-up Initiative en 2016, les Startup Nation Standards en 2020, le manifeste Scale-Up Europe en 2021… autant d’initiatives pleines de vision, mais qui se sont trop souvent arrêtées au stade des bonnes intentions. Le 28e régime n’exige peut-être pas l’unanimité, mais il requerra une volonté politique ferme dans chaque capitale. Un fonds demande des moyens, une harmonisation fiscale suppose du courage. Et ce courage a trop souvent fait défaut ces dix dernières années.

L'ambition est louable, mais nous avons déjà eu beaucoup d'initiatives. Visionnaires sur le papier, elles se sont échouées dans des groupes de travail et face à la frilosité nationale.

Frederik Tibau, expert Digital Innovation & Growth chez Agoria

 

Un autre facteur reste sous-estimé : l’état d’esprit. Même les meilleures réformes ne suffiront pas si elles ne s’accompagnent pas d’un changement profond de mentalité. L’Europe cherche à minimiser les risques ; la Silicon Valley cherche à les maximiser. Dans un écosystème sain, on doit pouvoir échouer, apprendre, et repartir. Ce n’est pas une directive qui construit une telle culture, mais une volonté politique concrète : en réformant les lois sur l’insolvabilité, en levant le tabou sur les faillites, et en taxant les stock-options au moment de leur réalisation, pas lors de leur attribution. C’est à ce prix qu’on passera du rêve à la réalité.

Changer le monde, en commençant par la Belgique

Et si la Belgique montrait l’exemple ? En adoptant une fiscalité claire et compétitive sur les stock-options, en repensant ses marchés publics pour offrir de vraies chances aux jeunes pousses, elle pourrait redevenir un pionnier. Elle l’a déjà été avec le Tax Shelter pour l’investissement dans les startups, ou encore avec la stratégie d’achat innovante de Digipolis en Flandre, symbolisée par le hashtag #buyfromstartups.

Les idées existent. Ce qui manque, ce sont les actes. Les deux prochaines années seront décisives. Restera-t-on dans les promesses sur papier, ou passera-t-on à l’exécution ? Les entrepreneurs sont prêts. Aux États maintenant de leur offrir une expérience à la hauteur de leurs attentes. Et, comme toute startup le sait : Execution is everything!
 

Cet article était-il utile ?