La Belgique soigne le Monde | Agoria

La Belgique soigne le Monde

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Publié le 01/02/21
Après une séance de pitching d'une dizaine de start-ups belges à Singapour, le patron du célèbre fonds d'investissement Eight Roads Ventures vient vers moi et me déclare : "Si j'avais su que des entreprises de cette envergure venaient présenter leurs produits, j'aurais envoyé toute mon équipe".

De telles réactions sont plus la règle que l'exception lorsque vous emmenez des entreprises technologiques belges en mission. Il y a quelques semaines à peine, quatre de nos start-ups ont été déclarées lauréates dans le cadre d'un concours organisé par les Nations unies où elles affrontaient des centaines de concurrents issus de 182 pays. Aucun autre pays n'a fait mieux !

Mais si nos entreprises brillent, la Belgique n'est pas pour autant reconnue sur la carte du monde en tant que pôle technologique, malgré des facteurs favorables tels qu'une situation centrale, le fait que nos villes sont bon marché et les solides écosystèmes d'innovation autour de nos universités et instituts de recherche.

Le fait que la Belgique soit systématiquement associée au chocolat et à la bière plutôt qu'aux technologies numériques reste une vérité problématique. Nous savons maintenant où le bât blesse : trois régions ayant leur propre dynamique se traduisent par un paysage technologique fragmenté et un positionnement dilué.

Ajoutez à cela le coût élevé du travail, le manque de transparence de la fiscalité et l'absence d'une vision à long terme, et vous verrez clairement où nous sommes en retard. L'une des conséquences est que les meilleurs talents (internationaux) quittent la Belgique. Cela devrait nous inquiéter, car il est nécessaire de pouvoir attirer et retenir les talents pour faire passer nos perles technologiques au niveau supérieur et en faire des acteurs mondiaux.  

Dans toute l'Europe, on cherche des moyens d'attirer les talents technologiques. Le fait que la scène européenne connaisse un essor et que le capital-risque afflue plus que jamais sur le continent n'est pas surprenant.  

La liste des petits pays qui apparaissent sur la carte s'allonge également. L'histoire du Portugal est bien connue, mais il y a quelques jours, c'était au tour de la Lettonie, qui a été déclarée la nation la plus favorable aux start-ups dans le monde par le célèbre capital-risqueur Index Ventures.     

Par rapport à la Belgique, la Lettonie a une scène technologique limitée, mais l'introduction d'un régime fiscal avantageux pour les options sur actions (qui permet également d'encaisser les options plus rapidement) a suffi à mettre Riga sous les feux des projecteurs..  

En plus de solides efforts de marketing, des ajustements bien pensés en matière de réglementations fiscales sont des outils puissants pour positionner un pays comme un biotope intéressant pour les start-ups technologiques. Il est important que nos décideurs politiques gardent cela à l'esprit. Dans la liste des options sur actions d'Index Ventures, la Belgique ne se classe qu'à la 24e position. Il y a donc encore une marge d'amélioration.   

Notons aussi que le Belge a aussi beaucoup d'argent sur son compte d'épargne, de l'argent qui ne rapporte rien. Trouver un meilleur moyen d'injecter ce capital dans l'économie semble être une nécessité, et le taxshelter pour les investissements dans les start-ups était une goutte d'eau dans l'océan. Peut-être la loi Cooreman-De Clercq pourrait-elle servir d'inspiration, celle qui dans les années 80 a permis à chaque Belge de devenir un investisseur.   

Et pourquoi les revenus des investissements à succès ne pourraient-ils pas être taxés un peu moins (ou pas du tout) lorsqu'ils retournent dans l'écosystème ? Ou bien ne serait-il pas possible d'accorder des réductions sur la masse salariale aux jeunes start-ups qui travaillent sur des projets innovants ?  

L'exercice consistant à rendre la Belgique plus attrayante et mieux positionnée dans des domaines clés tels que la biotechnologie, les soins de santé numériques et la logistique intelligente est désormais entrepris par les régions. La question clé est de savoir si nous sommes suffisamment ambitieux pour nous démarquer. Ces initiatives s'appuient-elles sur une vision claire ? Et sommes-nous en train de rater des opportunités ?  

Où en est la campagne qui montre que la Belgique guérit le monde du Coronavirus ? Notre pays joue un rôle clé dans le développement et la production des vaccins COVID, et le programme américain Warp Speed est dirigé par un Belge qui a appris les ficelles du métier ici. Qu'attendons-nous pour nous lancer ? La Belgique guérit le monde. Cela devrait être l'état d'esprit.  

Traduction d'un article de Frederik Tibau, Expert Digital Innovation & Growth chez Agoria publié dans le magazine Trends

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