« Seules 3 entreprises sur 10 exploitent leurs données » : Stijn Bijnens et Kristel Demotte de Cegeka partagent leur vision de l'avenir des données et de l'IA. | Agoria

« Seules 3 entreprises sur 10 exploitent leurs données » : Stijn Bijnens et Kristel Demotte de Cegeka partagent leur vision de l'avenir des données et de l'IA.

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Publié le 18/12/20
Utiliser les données est considéré comme le nouvel atout incontournable dans le monde des entreprises. Mais en tant qu'entreprise, comment pouvez-vous exploiter au mieux les données disponibles et l'IA ? Et quelles actions les autorités peuvent-elles entreprendre pour stimuler l'innovation ? Ce sont les questions que nous avons posées à Stijn Bijnens et Kristel Demotte, respectivement CEO et toute nouvelle Vice President Data Solutions chez le géant IT Cegeka.

L'accord de gouvernement fédéral fait mention d’une stratégie en matière de données pour notre pays. Quelle forme devrait-elle revêtir, selon vous ? 

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka : « Je suis satisfait des mesures qui ont été mises en place en Belgique depuis 2015. De plus en plus de gens se rendent compte de l'importance des données, et de beaux projets publics de données ouvertes ont vu le jour, à l'instar de tax-on-web. Une stratégie en matière de données est un pas de plus dans la bonne direction.

Le rôle des autorités consiste principalement à rendre les données disponibles et accessibles. Elles ne doivent pas considérer les données comme « le nouvel or noir », comme c'est le cas dans le monde des entreprises. En d'autres termes : l'objectif ne doit pas être de posséder des données, mais bien d'aider les entreprises à les utiliser.

Aujourd'hui, dans le monde des entreprises, trop de projets relatifs aux données se heurtent encore au problème de la propriété des données, autrement dit à des discussions visant à déterminer qui est propriétaire des données et ce que les entreprises peuvent en faire. C’est ce piège que nous devons éviter à l’avenir. C'est pourquoi je pense que les autorités doivent élaborer leur stratégie autour du principe « FAIR data » (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable). Dans le monde universitaire, ce principe sert également de ligne directrice pour le traitement des données. Je pense que les autorités doivent jouer un rôle qui se rapproche de celui d'un échangeur en facilitant et en modérant les flux de données.

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« Les autorités doivent agir comme un échangeur pour faciliter les flux de données. Elles ne peuvent pas considérer les données comme « le nouvel or noir. »

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka

De leur côté, les autorités flamandes proposent de créer une entreprise d'utilité publique pour les données, un peu comme elle l'avait fait avec Telenet. Une bonne idée selon vous ? 

Stijn Bijnens : « Je suis favorable à cette idée. Une telle entreprise d'utilité publique pour les données peut servir de levier pour rendre les données disponibles sur le marché privé. Il sera néanmoins important de tenir compte de la dynamique et des besoins du marché et d'impliquer les entreprises privées dans l'écosystème. Il est impossible de consolider les données avec une seule entreprise, et personne ne souhaite voir émerger un organisme trop lourd qui stockerait lui-même toutes les données. Le « data stewardship », en revanche, qui consiste pour les autorités à mettre à disposition certains flux de données provenant de sous-domaines tels que la mobilité ou les soins de santé, peut créer une grande valeur ajoutée pour le monde des entreprises. »

« Une entreprise d'utilité publique pour les données qui tient compte de la dynamique du marché et qui implique le marché privé peut créer une grande valeur ajoutée. »

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka

Quelle est la situation actuelle en matière d'utilisation des données dans nos entreprises ?

Kristel Demotte, Vice President Data Solutions chez Cegeka : « L'importance des données ne cesse de grandir. Dans le passé, Cegeka comportait deux piliers: l'infrastructure et les applications. Aujourd'hui, les données forment un troisième pilier. À l'heure actuelle, nous constatons que ce sont principalement les grandes entreprises et les fédérations qui les exploitent. Elles considèrent les données comme un atout et deviennent des sociétés de données à part entière. Pour l'instant, les plus petites structures ont plus de mal à extraire de la valeur des flux de données. Des recherches montrent que seules trois entreprises belges sur dix acquièrent un avantage concurrentiel ou travaillent plus efficacement grâce aux données.

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« Seules trois entreprises sur dix parviennent à tirer un avantage concurrentiel de l'utilisation des données. »

Kristel Demotte, Vice President Data Solutions chez Cegeka

À quoi cela est-il dû, selon vous ?

Kristel Demotte : « Trop d'entreprises considèrent l'utilisation des données comme un projet IT, alors qu'il s'agit d'une évolution qui implique d'adopter une stratégie au sein de l'entreprise. J'ai déjà été confrontée à des entreprises qui avaient élaboré une plateforme de données ultra sophistiquée, mais qui ne s'en servaient pas pour adapter leur mode de fonctionnement. Par conséquent, l'investissement n'est pas rentable, car aucune stratégie n'a été définie et parce que les données ne sont pas utilisées pour répondre à leurs besoins spécifiques. »

Quels conseils donnez-vous aux entreprises pour qu'elles s'améliorent ?

Kristel Demotte : « Soyez méthodiques. N'essayez pas de créer une plateforme de données trop ambitieuse directement, mais procédez étape par étape. Commencez par cartographier vos processus d'entreprise. Utilisez les données pour accroître l'efficacité ou pour donner à vos collaborateurs un meilleur aperçu des processus d'entreprise à l'aide de tableaux de bord. Prenez le temps qu’il faut pour introduire cette nouvelle façon de travailler. Ce n'est que lorsque vous aurez accompli ces premiers pas que vous pourrez envisager d'investir dans des infrastructures comme une plateforme de données. »

« L’idée fausse la plus répandue sur les projets de données est qu’il s’agit d’un projet IT. Considérez-le plutôt comme un projet d'entreprise : élaborez une stratégie et investissez dans un changement de mentalité. »

Kristel Demotte, VP Data Solutions chez Cegeka

Quand l'IA devient-elle une valeur ajoutée pour les entreprises ?

Stijn Bijnens : « La puissance de calcul est devenue très bon marché, si bien que l'IA est également devenue très abordable. Mais ce n'est pas pour autant que vous devez y investir à tout prix. Le rôle de l'IA se résume essentiellement à prédire les choses. C'est à ce niveau que se situe votre avantage concurrentiel durable. La première étape consiste à déterminer si et comment l'IA va créer une valeur ajoutée pour votre entreprise. »

Kristel Demotte : « Encore une fois, il vous faudra d'abord analyser vos processus d'entreprise et identifier vos points faibles. Si vous subissez par exemple des pertes de production ou si certains de vos processus sont inefficaces, l'IA peut vous aider à remédier à ces problèmes.  Une condition essentielle est de disposer de suffisamment de données qualitatives. L'IA n'est certainement pas toujours la bonne solution. Les grandes entreprises qui ont accès à d'énormes quantités de données peuvent créer une valeur ajoutée plus rapidement.

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« L'IA n'est certainement pas toujours la bonne solution pour une entreprise. Pour en tirer profit, vous aurez besoin d’un grand nombre de données de qualité. »

Kristel Demotte, VP Data Solutions chez Cegeka

Quels conseils donnez-vous aux entreprises qui veulent se lancer dans l'IA ?

Kristel Demotte : « Ne cherchez pas à obtenir un algorithme parfait dès le premier jour. Travailler par projet en se fixant un point de départ et un objectif précis n’est pas possible avec l’IA. Je préfère comparer l'intégration de l'IA à un parcours de vie : vous concevez un enfant que vous devez nourrir avec des leçons de vie, c'est à dire des données dans ce cas. Un algorithme ne sera pas immédiatement infaillible et omniscient, il s'agit plutôt d'un processus progressif. La détection des fraudes dans les banques en est un bon exemple. Dans ce domaine, des spécialistes de l'apprentissage automatique doivent constamment surveiller l'algorithme et l'alimenter avec de nouveaux feedbacks.

« N’aspirez pas à obtenir un algorithme parfait. Considérez plutôt l'IA comme un parcours de vie : vous concevez un bébé puis vous devez le nourrir avec des leçons de vie. »

Kristel Demotte, VP Data Solutions chez Cegeka

Vous aurez non seulement besoin d'un grand nombre de données, mais aussi de données suffisamment diversifiées. Une machine ne pourra rien apprendre à partir de téraoctets de données portant sur les mêmes cas et exemples. Commencez petit et collectez progressivement des données plus diverses. Cela vous permet de consolider votre algorithme en permanence. »

Comment les autorités peuvent-elles aider les entreprises à déployer l'IA ?

Kristel Demotte : « Le financement des projets IA pose souvent problème. À l'heure actuelle, les budgets consacrés à l'innovation sont encore beaucoup trop faibles par rapport à ceux des géants de la technologie. »

Stijn Bijnens : « Le fossé qui nous sépare de la Chine et des États-Unis est en effet important. Cela provient principalement du fait que nous n'osons pas assez et que nous n’avons pas suffisamment confiance en nos capacités. Par conséquent, de nombreux projets IA ne passent pas le stade de la “Proof of value”. Avant de nous lancer, nous voulons être certains des avantages que nous en tirerons. Résultat : il existe un énorme fossé entre la recherche en IA et les réalisations concrètes. »

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« De nombreux projets IA ne passent pas le stade de la Proof of value. Par conséquent, il existe un énorme fossé entre la recherche en IA et les réalisations concrètes. »

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka

Comment pouvons-nous rattraper notre retard ?

Stijn Bijnens : « Nous possédons les talents nécessaires en Belgique et en Europe du Nord. Mais trop souvent, ils se tournent rapidement vers les grandes entreprises technologiques américaines. En soi, il n'y a rien de mal à cela, à condition qu'ils reviennent un jour. Les génies de la technologie sont toujours à la recherche de grands projets innovants. C'est pourquoi il est essentiel de financer de grands projets dans notre propre pays et donc de nous entourer des meilleurs talents. La biotech flamande est par exemple l’une des meilleures au monde, de sorte que ce secteur parvient même à attirer des talents étrangers. »

« Nous avons énormément de talents en Belgique, mais ils se tournent trop vite vers d’autres horizons. En nous dotant de projets inspirants et innovants, nous pouvons conserver les talents dans notre pays. La biotech flamande, par exemple, est l’une des meilleures au monde. »

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka

« En outre, renforcer la coopération au niveau européen est indispensable. Les États-Unis disposent d'un énorme marché intérieur, un avantage que nous n'avons pas en Europe. C'est à l'UE qu'appartient la responsabilité de créer des structures à cette échelle sur notre continent, avec des plateformes IA par exemple. Il existe déjà de grands projets collectifs de cloud computing visant à rendre le stockage accessible, mais la capacité de stockage en elle-même n'est qu'un service public, au même titre que l'électricité. De plus en plus de fournisseurs cloud proposent des plateformes IA en tant que service. Nous devons déployer de telles plateformes dans des sous-domaines tels que les soins de santé et la mobilité. Une telle augmentation d'échelle nous permettra d’augmenter notre compétitivité. »

Pour conclure : les données et l'IA soulèvent un certain nombre de questions éthiques, telles que celle du respect de la vie privée. Quel est votre avis à ce sujet ?

Kristel Demotte : « Nous utilisons l'IA en permanence sans nous en rendre compte. En tant que mère, je pense souvent aux implications d'un monde ou l’IA est omniprésente. Nous devons bien entendu prendre en compte certaines préoccupations. Or, je ne vois pas l'IA comme un danger, mais plutôt comme une opportunité. Le tout est de faire preuve de transparence et de susciter la confiance nécessaire pour que nous puissions tous adopter l'IA. »

Stijn Bijnens : « Je suis convaincu que nous allons progressivement surmonter ces inquiétudes. La plupart des craintes liées à l'IA sont le fruit de l'ignorance. Connaître l'IA, c'est en avoir moins peur. Plus l'IA fera partie de nos vies, plus les avantages seront nombreux et plus les craintes se dissiperont.

L'essor d'internet il y a 20 ans a également soulevé des questions éthiques qui semblaient insurmontables. À ce moment-là, on se demandait si le piratage était une bonne chose ou non. Aujourd'hui, nous estimons tous logiquement que cette pratique n'est pas éthique. En soi, les incertitudes autour de l'IA ne sont pas si différentes. D'ici 20 ans, nous regarderons en arrière et nous considérerons ces préoccupations éthiques comme quelque chose de tout à fait normal.

« D'ici 20 ans, nous considérerons les préoccupations éthiques autour de l'IA comme quelque chose de tout à fait normal. »

Stijn Bijnens, CEO de Cegeka

En outre, ces préoccupations peuvent également façonner notre moralité. De nombreux algorithmes d'IA affichent par exemple des préjugés racistes. Cela ne fait que refléter nos manquements moraux, car ce préjugé raciste provient des données sources, bien évidemment. Cette confrontation peut également nous inciter à repenser notre propre moralité. L'IA peut nous aider à détecter la discrimination et à y remédier. Je suis sincèrement convaincu que l'homme et la machine feront bon ménage. »

Plus d'informations : https://www.cegeka.com/en/be/data-intelligence 

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