Un projet pilote n'est pas une session d'inspiration gratuite | Agoria

Un projet pilote n'est pas une session d'inspiration gratuite

Image
Publié le 28/08/20
L'importance des start-up en tant que catalyseur de l'innovation et moteur de l’emploi n’est certainement pas à sous-estimer. Ces entreprises méritent un traitement équitable, y compris dans leurs partenariats avec de plus grandes entreprises. Lisez ici l’article que Frederik Tibau, Expert Digital Innovation & Growth chez Agoria, a rédigé cette semaine pour Trends.

Ces dernières années, d’innombrables start-up m’ont interpelé quant au traitement ingrat qu’elles ont subi de la part de leurs grands clients. De jeunes entreprises qui « peuvent » mettre un projet pilote sur pied à des prix ridiculement bas, qui sont remerciées pour leurs précieux services et qui constatent quelques mois plus tard que la banque ou l’organisme public a fait copier leur logiciel.

Un autre problème - certainement depuis l’éclatement de la crise du coronavirus - réside dans le fait que de grandes organisations reportent encore un peu plus le paiement de leurs factures ou y renoncent carrément. Alors qu’avant la crise, leurs délais de paiement étaient déjà beaucoup trop long pour les start-up disposant de réserves de trésorerie limitées. En outre, les Belges sont généralement plus conservateurs que leurs voisins, de sorte que les start-up bénéficient souvent de moins d'opportunités de la part de clients potentiels et de moins de confiance que les grandes entreprises informatiques bien établies.

Maintenant que notre économie se relance et que la crise du coronavirus rend encore plus pressant le besoin d’applications digitales innovantes, ce sont pourtant ces start-up qui sont les mieux placées pour sortir leurs concollègues de plus grande taille et moins agiles des difficultés. Les grandes entreprises et les autorités le savent et s’intéressent plus que jamais aux innovations intéressantes de l’univers des start-up, en vue d’accélérer la digitalisation. En Belgique, une entreprise bien établie sur quatre a déjà collaboré ces dernières années avec une start-up, comme le révèle une récente étude de l’Antwerp Management School et PwC. Et nous pouvons estimer qu’il s’agit désormais d’une entreprise sur trois. Il vous suffit d’ouvrir le journal pour tomber au moins sur un article expliquant comment une start-up belge a aidé une organisation de plus grande taille dans la course pour un vaccin, pour mettre en place un processus de recrutement en ligne plus efficace ou pour faciliter le traitement numérique des contrats.

Les start-up façonnent plus que jamais notre société, leur importance en tant que catalyseur de l’innovation et moteur de l’innovation n’étant plus à démontrer. Ne serait-il dès lors pas opportun de revoir les modalités de collaboration entre start-up et plus grandes entreprises, de sorte que les partenariats débouchent sur une situation gagnant-gagnant, plutôt que de laisser une des parties - généralement la plus petite - en proie à la frustration. Mettre un projet pilote sur pied n’est pas gratuit, tout comme un proof-of-concept n’est pas la même chose qu’une « session d’inspiration ». Trop de start-up se retrouvent perdantes, trahies par leur enthousiasme naïf. Certes, les grandes organisations sont moins agiles que leurs collègues de plus petite taille, mais faire miroiter un contrat à de jeunes petites entreprises pour ensuite les tenir en laisse des années durant, ce n’est pas faire preuve de collégialité.

Les entreprises privées et autorités aiment souligner qu’elles unissent leurs forces à celles de start-up innovantes. Il est grand temps qu’elles joignent les actes à la parole pour soutenir ces start-up. La bonne nouvelle, c’est que les esprits commencent lentement à mûrir. En Belgique, on trouve en effet également de nombreux exemples de grandes entreprises privées et d’organisations publiques qui perçoivent l’importance d’une collaboration équitable, transparente et financièrement viable avec les start-up. Pensons notamment à Digipolis, le partenaire TIC d’Anvers, ou à Barco, notre porte-étendard technologique ouest-flandrien.

Il est encourageant de voir que des dirigeants d’entreprise plaident en faveur de délais de paiement de trente jours, d’un traitement équitable des start-up dans les cycles d’achats de leur entreprise et de procédures d’adjudication plus courtes et moins complexes. Que tout le monde en sortira ainsi gagnant est évident. Si les grandes entreprises collaborent de manière équilibrée avec les start-up, elles prennent non seulement de l’avance sur leurs concurrents, mais créent également du goodwill, prennent leur responsabilité sociétale et renforcent l’économie dans son ensemble. L’avantage que vous tirez d’un partenariat fructueux est alors plusieurs fois plus important que ce que vous pouvez espérer d’un traitement non équitable. 

Cette opinion a également été publiée dans Trends et sur Trends.be.

Cet article était-il utile ?

Sujets qui pourraient vous intéresser