Que nous réserve 2017 sur le plan économique ? Prévisions de Peter Vanden Houte (ING Belgique) | Agoria

Que nous réserve 2017 sur le plan économique ? Prévisions de Peter Vanden Houte (ING Belgique)

Image
Publié le 13/07/16 par Patrick Slaets
Peter Vanden Houte (Chief Economist ING Belgique) : "Le ministre Van Overtveldt a déjà annoncé qu'il souhaitait réformer l'impôt des sociétés, ce qui réjouit les entreprises. Il sera toutefois difficile de parvenir à un consensus."

Dire que jusqu’ici l’année 2016 a été mouvementée est un euphémisme. Le Brexit est une nouvelle tempête venant secouer ce contexte politique et économique instable. La dernière pour l’instant, mais qui bouleversera encore certainement les esprits l’an prochain. Quelles tendances mondiales et belges vont façonner 2017 ? Et quel impact auront-elles sur nos entreprises ? Venez le découvrir début septembre lors de l’événement « Forecasting 2017 » d’AgoriaL’orateur principal Peter Vanden Houte lève déjà un coin du voile, en guise de mise en bouche. 

S'appuyer sur des prévisions claires est capital, surtout pour les entreprises technologiques. Non seulement les développements économiques se suivent à une cadence effrénée, mais les bouleversements politiques et sociaux ont un énorme impact sur le commerce intérieur et extérieur. C’est sur cette zone de tension à mi-chemin entre économie et politique que, toutes les deux semaines, Peter Vanden Houte, Chief Economist d’ING Belgique, s’exprime dans les colonnes du Standaard. Cet homo economicus entrevoit beaucoup d'incertitudes pour 2017, mais aussi quelques évolutions aux effets positifs indéniables pour nos entreprises.

Quel sera l’impact du Brexit sur les entreprises belges ?

Peter Vanden Houte : « À court terme, nous allons surtout souffrir de l’incertitude de la situation politique. Plusieurs hommes politiques britanniques ont déjà indiqué qu'il n’y avait aucune hâte à activer l’Article 50 permettant aux États membres de quitter l’UE. Bien que rien ne change pour l'instant, l’absence de perspective attise la nervosité des marchés financiers. De nombreux investisseurs se séparent de leurs actions britanniques, entraînant un recul des cours sur le marché des actions. Pour couronner le tout, les non-Britanniques seront moins enclins à investir au Royaume-Uni ou à acheter des produits britanniques. Tout ceci a un impact négatif sur l'économie britannique. Les entreprises belges qui exportent vers le R.-U. le ressentiront également. »

Et à long terme ? Que se passera-t-il si le Brexit se concrétise ?

Peter Vanden Houte : « Tout dépendra des termes de l’accord que passeront l’UE et le R.-U. Mais nous parlons là de 2018 ou 2019, car les véritables négociations portant sur la sortie de l’UE dureront environ deux ans. Impossible donc, pour l’instant, d'affirmer qu’il y aura ou non des droits à l’importation. À moyen terme, l'affaiblissement de la livre sterling est bien sûr une mauvaise nouvelle pour les entreprises. Mais à une nuance près : le léger recul de l’euro face au dollar renforcera un peu notre compétitivité. »

Le R.-U. n’est pas le seul à susciter l’inquiétude des entreprises européennes : des voix plus radicales s'élèvent aussi dans le reste de l’UE.

Peter Vanden Houte : « Par définition, l’instabilité politique est néfaste pour les marchés financiers. J’entrevois à ce propos une importante conséquence du Brexit : les électeurs pourraient désormais avoir tendance à soutenir des points de vue ou des hommes politiques plus extrêmes. À l’approche des élections aux Pays-Bas et en France, le Brexit pourrait catalyser encore plus d’agitation politique. Bref, en 2017, les tensions politiques continueront de freiner la croissance. »

Comment les États-Unis (et surtout les élections présidentielles imminentes) s’inscrivent-ils dans ce contexte ? 

Peter Vanden Houte : « Indépendamment des préférences politiques, le monde financier réagit mieux aux éléments prévisibles. Ainsi, Hillary Clinton apparaît clairement comme la candidate du compromis, tandis que Donald Trump fait plutôt figure d’électron libre. Si ce dernier l’emporte, beaucoup dépendra des experts dont il s’entourera. Peut-être qu’ils arrondiront les angles. Mais je n’oserais pas me prononcer sur l’issue du scrutin. Regardez ce qui s’est passé avec le Brexit : souvent, les gens votent sur un coup de tête, pour ensuite s’étonner des conséquences. »

Pour revenir à la Belgique, boucler le budget 2017 devrait s'avérer particulièrement délicat...

Peter Vanden Houte : « Je crois qu’ici nous sommes face à une tempête dans un verre d’eau. Peu de nouvelles taxes devraient faire leur apparition. Pourtant, des réformes sont nécessaires (songez par exemple à la taxe sur la spéculation, véritable coup d'épée dans l’eau). Le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt, a déjà annoncé qu'il souhaitait réformer l’impôt des sociétés, ce qui réjouit les entreprises. Il sera toutefois difficile de parvenir à un consensus. Une telle réforme pourrait éventuellement voir le jour, mais en échange d’une légère forme d’impôt sur la fortune/les plus-values. Je crains cependant que cela aboutisse sur un statu quo plutôt que sur des réformes en profondeur. Entre parenthèses, si nous n’atteignons pas les objectifs budgétaires européens, il y a fort à parier qu’au lendemain du Brexit, l’Europe sera moins sévère vis-à-vis de ses États membres. »

Comment voyez-vous évoluer les réformes du marché de l’emploi ?

Peter Vanden Houte : « La semaine de travail flexible est déjà une bonne chose. Et j’ai bon espoir que le gouvernement poursuive sur cette voie. Une autre mesure qui a déjà plusieurs fois fait débat porte sur la réintroduction de la période d’essai, qui permet aux entreprises d’engager plus rapidement. Mais vu qu’employeurs et syndicats ne s'accorderont sans doute pas, la balle reviendra dans le camp du gouvernement. Et c’est là que le bât blesse : après tous les déboires syndicaux de ces derniers mois, cette mesure sera particulièrement sensible d’un point de vue politique. Je crains donc le pire. »

Pour conclure, les prévisions restent-elles positives concernant le marché belge de l’emploi ?

Peter Vanden Houte : « L'année 2017 marquera en effet la création de nombreux emplois, mais moins qu’espéré à cause du Brexit. Dans le même ordre d’idées, nous tablons actuellement sur une hausse de 1 % de la croissance économique belge, alors qu’elle aurait peut-être progressé de 1,4 % ou 1,5 % sans le Brexit. »

Envie d’en savoir plus sur les défis et opportunités qui attendent les entreprises de notre pays en 2017 sur le plan économique ? Curieux de connaître les prévisions en matière d’inflation, de coûts salariaux et énergétiques… ou les attentes spécifiques pour les secteurs de la chimie, de l’alimentation, de la construction ou l’industrie technologique ? Rendez-vous le mardi 6 septembre à l’événement Forecasting 2017 d’Agoria. Inscrivez-vous ici !

Cet article était-il utile ?

Sujets qui pourraient vous intéresser