Les prévisions économiques de Peter Vanden Houte pour 2019 | Agoria

Les prévisions économiques de Peter Vanden Houte pour 2019

Image
Publié le 22/08/18 par Patrick Slaets
Après une période relativement calme et favorable, la tendance s'inverse. La croissance économique ralentit et les tensions internationales génèrent un climat d'insécurité. Le ciel menace-t-il de s'assombrir en 2019 ? Si, selon Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING Belgique, il n'y a pour l'instant encore aucun nuage à l'horizon, l'optimisme fait toutefois place à la prudence. Vous découvrirez les implications pour notre économie belge lors de l'événement Forecasting annuel d'Agoria, qui se tiendra le 11 septembre. En attendant, Peter lève déjà un coin du voile.

Début 2018, l'avenir s'annonçait encore radieux. Des résultats trimestriels décevants nous ont cependant fait déchanter.  Les prévisions de croissance économique pour 2018 ont été revues à 1,6% par le Bureau fédéral du Plan et ne devraient pas s'améliorer d'ici l'année prochaine. Le moteur connaît des ratés et la dynamique menace de s'inverser.

Le récent accord d'été offre-t-il de nouvelles perspectives de croissance ?

Image

Peter : " Les accords d'été de 2017 et 2018 sont plutôt des engagements à long terme. De nombreuses dispositions, telles que la taxe sur les comptes-titres, le complément de revenu non taxé ou les réformes du marché du travail, n'ont pas encore été mises en oeuvre ou viennent tout juste d'entrer en vigueur. Seul l'avenir nous le dira. En attendant, le chômage diminue, mais un nombre record de postes vacants restent à pourvoir. De nombreuses entreprises peinent à trouver des collaborateurs appropriés, ce qui freine la croissance dans notre pays. Le gouvernement a notamment décidé de revoir les allocations de chômage et de prévoir davantage de formations. Bien que cette initiative soit positive en soi, sa concrétisation n'est pas encore au point. Afin d'évaluer les évolutions à court terme – et, par extension, leurs causes – nous devons porter notre regard au-delà de nos frontières. En raison de son économie ouverte, la Belgique est un pays qui, typiquement, suit les tendances internationales. "

Dans quelles mesures ces développements internationaux sont-ils porteur d'un nouvel élan ? 

Peter : " Toute l'Europe connaît actuellement de faibles taux de croissance. Dans le meilleur des cas, nous terminerons l'année 2018 avec une croissance moyenne de 2%. De nombreux pays sont donc confrontés aux mêmes difficultés, mais la Belgique ne figure assurément pas parmi les premiers de la classe. La bonne nouvelle, c'est que la conjoncture reste positive : la dynamique est présente. De fait, le secteur immobilier est à nouveau florissant, la baisse du chômage se poursuit, nous profitons de faibles taux d'intérêt et les entreprises continuent à investir. La mauvaise nouvelle, c'est que le point culminant de cette conjoncture se trouve plus que probablement derrière nous. L'incertitude liée à certains développements internationaux jette en outre un ombre sur l'année 2019. Les principaux défis étant de faire face au Brexit et aux 'sautes d'humeur' américaines. L'on peut donc voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. C'est une question de point de vue. " 

Pourquoi les brusques changements d'humeur de la Maison-Blanche sont-ils si déterminants pour le commerce international ? 

Peter : " La présidence de Donald Trump  est un facteur volatil. Face à la superpuissance chinoise, les États-Unis ont opté pour la confrontation économique. Quant à l'Europe, elle n'est pas non plus épargnée. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a négocié un cessez-le-feu, mais l'on ne peut cependant parler de trêve sur le long terme. Les droits d'importation élevés sur l'aluminium et l'acier européens restent d'application et Trump est capable de rompre unilatéralement le très mince accord obtenu. D'ici les élections de mi-mandat en novembre, je m'attends à un statu quo, mais s'il décide un beau jour que l'Europe importe trop peu de soja en provenance des États-Unis, il envoie un tweet et c'est fini. S'ensuivront peut-être de lourdes mesures à l'encontre des importations de voitures européennes. À long terme, c'est aussi la confiance mutuelle qui est en jeu. " 

Qu'advient-il de l'économie américaine sous Donald 'America first' Trump ? 

Peter : " À première vue, elle se porte bien : en tout état de cause, la croissance se poursuivra cette année ainsi que l'an prochain. Les droits d'importation élevés sur l'acier et l'aluminium européens laissent cependant déjà des traces. L'industrie automobile américaine ne peut répercuter intégralement la différence de prix et des entreprises comme Coca-Cola se voient contraintes de vendre leurs canettes plus cher. Le problème est que Trump stimule inutilement l'économie, au risque qu'elle s'embrase. Vu sous cet angle, sa politique est un cadeau empoisonné. À partir du second semestre de 2019, cette approche se retournera également contre l'économie américaine. " 

Dans la zone européenne, vous pointez le Brexit comme un facteur d'incertitude. À quoi s'attendre ? 

Peter : " Compte tenu des flux commerciaux et de la provenance des investissements directs, la Belgique, l'Irlande et les Pays-Bas pourraient être les plus affectés par un Brexit " dur ". Si le Royaume-Uni sort de l'UE le 29 mars 2019 sans régime transitoire, le système existant sera soudainement dissous. Cela devrait avoir pour effet immédiat de créer des engorgements à Douvres et dans les ports belges, en raison du retour aux régimes douaniers en vigueur avant la création de l'union douanière, dont la plupart des entreprises belges ont peu d'expérience. En attendant, celles-ci optent pour la prudence en différant des investissements, en déménagement des départements, etc. " 

L'Italie prend la même direction. Comment envisager cette évolution ? 

Peter : " En Italie, le gouvernement populiste a déjà indiqué à plusieurs reprises ne pas être l'esclave de l'Europe. Une sortie n'est pas à l'ordre du jour, mais la faible croissance ne l'empêche pas de faire de grandes promesses. Le Mouvement 5 étoiles entend ainsi garantir à tous les Italiens un revenu de base. Cette initiative ferait grimper le déficit budgétaire au-delà de 3%, ce qui est contraire aux directives européennes. Il est impossible de prévoir quelle serait alors la réaction des autres États membres et des marchés financiers. "  

Image

Envie d'en savoir plus sur les opportunités et défis économiques en 2019 ? Curieux de connaître les prévisions en matière d'inflation, de coûts salariaux, de prix de l'acier et de coûts énergétiques ? Ou les perspectives spécifiques pour les secteurs de la chimie, de la construction, de l'alimentation et de l'industrie technologique ? Rendez-vous le mardi 11 septembre à l'événement Forecasting 2019 d'Agoria. Inscrivez-vous ici !

Cet article était-il utile ?

Sujets qui pourraient vous intéresser