Peter Vanden Houte (ING) sur les perspectives économiques pour 2022 : "Une année de transition, mais des raisons d'être optimiste". | Agoria

Peter Vanden Houte (ING) sur les perspectives économiques pour 2022 : "Une année de transition, mais des raisons d'être optimiste".

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Publié le 26/10/21 par Patrick Slaets
Le pessimisme domine au sein des rapports économiques actuels: hausse des prix des matières premières et de l'énergie, boom du marché immobilier, pénurie de puces électroniques plus longue que prévu, inflation galopante, chaos dans les chaînes d'approvisionnement internationales... et pourtant la reprise économique post-Covid se poursuit à un rythme soutenu. Mais que se passe-t-il exactement ? Nous avons interrogé Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING, à l'occasion de l'événement Agoria Forecasting du 9 novembre.

Si l'on regarde la croissance économique en Europe, le 2e semestre de cette année s'annonce positif. Après 2 trimestres de baisse, la zone euro affiche une croissance de 2,1% au 2e trimestre 2021. Dans l'ensemble, le niveau du PIB est inférieur de 2,7% au PIB du pré-Covid.

L'économie se remet donc bien depuis la pandémie ? 
Peter Vanden Houte : "Oui, bien que la réponse soit plus nuancée. La reprise post-Covid a en effet été assez rapide, avec une forte croissance cette année. Entre-temps, nous voyons la croissance ralentir un peu et l'inflation augmenter. L'économie continue donc de croître, mais plus lentement que prévu."

Quels sont les facteurs à l'origine de ce ralentissement ?  
Peter : "Tout d'abord, le Covid-19 n'est pas encore terminé. Par conséquent, l'approvisionnement en matières premières et en composants à partir de marchés éloignés reste problématique. Et enfin, l'inflation est plus élevée que prévu, ce qui met la pression sur les banques centrales. Pourront-elles continuer à injecter de l'argent dans l'économie ? Ce doute, lui aussi, freine la croissance." 

Comment et où le Covid-19 joue-t-il encore un rôle ? 
Peter : "Le lien entre la couverture vaccinale et la croissance économique est très clair. En Europe, nous avons une couverture vaccinale moyenne de 65%, et les mois d'été ont connu une forte croissance économique. Les États-Unis restent étonnament bloqués à 55 %, et la reprise y a juste ralenti pendant les mois d'été. On constate un nouveau pic d'infection avec la variante Delta, ce qui entraîne une baisse de la confiance des consommateurs et une réduction des effectifs dans les entreprises." 

"Nous constatons un lien étroit entre la couverture vaccinale et la croissance économique. En Europe, nous avons une couverture vaccinale moyenne de 65%, et les mois d'été ont montré une forte croissance." - Peter Vanden Houte, économiste en chef ING 

Quel est l'impact du Covid-19 sur les problèmes d'importation ? 
Peter : "En Europe, les volumes de production stagnent en raison des problèmes d'approvisionnement en provenance d'Asie. De nombreux pays asiatiques observent  une tolérance zéro vis-à-vis du Covid-19, ce qui oblige parfois les navires à se mettre en quarantaine. Cette situation entraîne d'énormes retards dans les ports et rallonge les délais de transport vers l'Europe et les États-Unis. Résultat : une importante pénurie de navires et de conteneurs. 

En outre, pendant le confinement, on a assisté à un changement de comportement en matière de consommation : les secteurs des services tels que le tourisme et l'hôtellerie ont été touchés, mais grâce au commerce électronique, davantage de budgets ont été consacrés aux produits. La demande de biens et de composants a donc continué à croître. Bien sûr, la débâcle du canal de Suez n'a pas aidé non plus."

Comment expliquez-vous les chiffres élevés de l'inflation ? 
Peter :
"La politique monétaire est une question difficile. Pendant le confinement, les mesures pour soutenir l’économie ont été énormes et les banquiers centraux ont insisté sur le fait que l'inflation était un phénomène temporaire. Mais un facteur après l'autre a maintenu le taux d'inflation à un niveau élevé : prix de l'énergie, problèmes de transport, nouvelles flambées de Covid-19... Tous ces problèmes ont un impact à long terme : l'inflation élevée persiste, et ce, beaucoup plus longtemps que prévu."

"Pendant le confinement, il y a eu d'énormes mesures pour soutenir l’économie, et les banquiers centraux n’ont cessé d'insister sur le fait que l'inflation serait temporaire. Mais nous avons vu un facteur après l'autre maintenir le taux d'inflation à un niveau élevé." - Peter Vanden Houte, économiste en chef ING

Et les consommateurs commencent à ressentir cette inflation maintenant ? 
Peter : "En Europe, l'inflation des biens est très faible depuis des années, autour de 0%. Elle est maintenant de 2,1%. Nous constatons donc que les producteurs commencent à répercuter ces coûts plus élevés sur les consommateurs. Cela montre que nous avons déjà franchi une étape supplémentaire dans la pression inflationniste, qui réduit le pouvoir d'achat. En bref, les banques centrales vont être soumises à une forte pression pour réduire les mesures de relance, tant en Europe qu'aux États-Unis."

La réduction des mesures de relance se fera-t-elle sentir dans l'économie ? 
Peter :
"La plupart des pays ne vont pas se serrer la ceinture, mais la réduction des mesures gouvernementales sera perceptible. Les plans européens pour un fonds de relance rendent cet effet moins brutal, mais dans le même temps, ils ne permettront pas de croissance supplémentaire. En termes nominaux, ces montants semblent importants, mais ils sont répartis sur plusieurs années. Par conséquent, un tel fonds de relance ne représente que quelques dixièmes de pour cent du PIB par an.  

"Les mesures gouvernementales diminueront sensiblement. Les plans européens pour un fonds de relance rendront cet effet moins brutal, mais dans le même temps, ils ne créeront pas de croissance supplémentaire." - Peter Vanden Houte, économiste en chef ING

En Chine, la croissance économique stagne. Que se passe-t-il ?
Peter :
"La Chine n'a enregistré qu'une croissance de 0,2% au dernier trimestre par rapport au trimestre précédent. Cela s'explique par le malaise du secteur de l'immobilier. L'immobilier est l'investissement de choix pour la classe moyenne chinoise. La demande de logements est restée stable, mais les investissements dans des biens immobiliers supplémentaires ont continué à augmenter. Le président Xi Jinping a d'ailleurs déclaré que les maisons étaient faites pour y vivre, et non pour spéculer.

Après une réglementation plus stricte des investissements à effet de levier pour les banques et les promoteurs immobiliers, un certain nombre de cadavres sortent, avec un certain retard, aujourd'hui du placard. Le géant de l'immobilier Evergrande est au bord de la faillite, tout comme quatre autres acteurs majeurs. Le secteur de la construction et de l'immobilier a représenté un tiers de la croissance économique de la Chine au cours de la dernière décennie. Ce moteur est maintenant presque à l'arrêt."

Les prix de l'énergie font la une des journaux. Que nous réserve l'avenir ? 
Peter :
"Pendant la crise, les prix du pétrole se sont effondrés. Ce que nous voyons maintenant, c'est une normalisation, à peu près au niveau de 2018. Le prix du pétrole est légèrement supérieur à la normale, mais certainement pas à un niveau historiquement élevé. L'OPEP va maintenant créer plus d'offre. L'organisation des pays exportateurs de pétrole veut garder les prix sous contrôle, sinon elle sera confrontée à une trop forte concurrence du gaz de schiste américain. Les prix du pétrole sont donc relativement élevés, mais nous ne devons pas nous attendre à de nouvelles augmentations dans l'immédiat."

Les prix du gaz naturel sont remarquablement élevés...
Peter :
"Ils sont en effet en train de monter en flèche. Dans le cadre de la transition énergétique, le gaz naturel est une source de transition idéale pour remplacer le lignite et le charbon, très polluants. La demande augmente donc partout, y compris en Belgique. En même temps, il s'agit d'une solution temporaire, de sorte que les investissements dans le gaz naturel diminuent systématiquement. 

La Russie exporte aussi moins de gaz naturel vers l'Europe. Le président Poutine fait ainsi pression sur notre continent pour que nous mettions en service le nouveau gazoduc Nord Stream 2. Ainsi, la Russie ne devrait pas payer de frais de transit, y compris à l'Ukraine. Nous nous attendons à ce que les prix baissent à nouveau après l'hiver. Nous n'atteindrons cependant pas le niveau bas de 2018, mais il ne restera certainement pas aussi élevé qu'aujourd'hui. Les prix élevés de l'énergie sont également un autre facteur inhibiteur : l'argent sort de l'économie belge ou européenne pour aller dans les pays producteurs, ce qui réduit la croissance."

Peut-on conclure que, malgré les problèmes, les perspectives économiques sont modérément positives ?  
Peter :
"De nombreux facteurs freinent actuellement la croissance, mais je ne suis pas pessimiste. Le pic de croissance post-Covid le plus élevé est maintenant derrière nous, et un vent contraire commence à se lever. L'année 2022 sera une année de transition, au cours de laquelle nous connaîtrons encore une croissance relativement forte. En 2023, nous prévoyons alors une nouvelle normalisation et une croissance plus stable."

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