Agoria : « Au cours des 10 prochaines années, 16 emplois supplémentaires par jour ouvrable dans le secteur technologique » | Agoria

Agoria : « Au cours des 10 prochaines années, 16 emplois supplémentaires par jour ouvrable dans le secteur technologique »

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Bart Steukers
Publié le 05/10/21 par Frederik Meulewaeter
D'ici à fin 2030, le secteur technologique a l'ambition de créer un total de 40.000 emplois supplémentaires, soit 16 par jour ouvrable. C'est ce qu'annonce mardi la fédération technologique Agoria, qui dresse son état des lieux semestriel du secteur.

Les 40.000 emplois viendraient s'ajouter aux remplacements des personnes qui changent d'emploi ou partent à la retraite. Agoria part en effet du principe que le secteur peut maintenir ou renforcer sa position concurrentielle. En outre, le marché du travail devrait permettre une mobilité ascendante grâce à la formation permanente de tous les employés.

Agoria affirme qu'avec ce qu'elle appelle son "new deal", elle souhaite toucher les différents gouvernements belges, à une semaine de la déclaration de politique générale annuelle du Premier ministre. La fédération technologique veut travailler ensemble pour faire en sorte que d'ici 2030, au moins huit personnes sur 10 âgées de 20 à 64 ans aient un emploi et affirme être le premier secteur à prendre un tel engagement.

Bart Steukers, à la tête d'Agoria, ajoute que la crise du coronavirus semble s'estomper pour le secteur technologique. "Plus que cela, nous aurions pu créer beaucoup plus d'emplois et de croissance, mais il y a un énorme frein à notre niveau d'activité en raison des problèmes d'approvisionnement et du nombre record de postes vacants. Aujourd'hui, nous avons 15.860 postes vacants. La pénurie sur le marché du travail est aujourd'hui un défi bien plus important pour nous que la crise du coronavirus. C’est ce qui m’a le plus surpris durant les six premiers mois de mon mandat de CEO d’Agoria. »

Ces dix dernières années, l’emploi dans le secteur technologique n’a jamais été plus élevé qu’actuellement. Fin mars 2021, les 15.359 employeurs du secteur technologique de notre pays occupaient exactement 314.398 personnes. Ce sont 1500 de plus qu'au début de la crise du coronavirus. Les trois cinquièmes travaillent dans l'industrie manufacturière, le reste étant actif dans le secteur des services (surtout les solutions IT).

Non seulement, il n'y a jamais eu autant de personnes travaillant dans le secteur technologique au cours des dix dernières années qu'aujourd'hui, mais le nombre de postes vacants atteint lui aussi un niveau record de 15.860. Depuis le début de la pandémie, 3.750 postes vacants sont encore venus s’ajouter. Ceci représente une perte de chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros. 

Bart Steukers : « Le nombre d'emplois vacant est énorme. Quiconque veut travailler peut travailler chez nous. Nous devons encore mieux activer suffisamment de personnes pour le marché du travail et faire correspondre les candidats disponibles avec les postes vacants. Actuellement, le taux d'inactivité dans notre pays est de 26 pour cent. Cela signifie que dans la tranche d'âge de 20 à 64 ans, pas moins d'une personne sur quatre, soit 1,6 million de personnes, ne travaille pas officiellement et ne cherche pas non plus un travail. Ceci nous positionne dans le top européen. Il faut ramener ce taux d’inactivité à 18 pour cent.  Notre centre d'étude a calculé qu'une baisse d'un pour cent du taux d'inactivité pourrait réduire le déficit public annuel de 2 milliards d'euros. Cela permettrait en effet d'augmenter les recettes fiscales et de réduire les revenus de remplacement. Les ministres qui examinent actuellement le budget savent dès lors ce qu’il y a lieu de faire.»

Notre centre d'étude a calculé qu'une baisse d'un pour cent du taux d'inactivité pourrait réduire le déficit public annuel de 2 milliards d'euros.

D'après Agoria, une productivité du travail durable grâce à une mise en œuvre accélérée de nouvelles technologies (comme l’internet 5G super rapide) et de nouvelles formes de travail mérite cependant également une plus grande attention. « C'est absolument nécessaire pour que ces nouveaux emplois soient pourvus de manière efficace », déclare Bart Steukers.

L’histoire derrière les chiffres

New deal : 16 emplois supplémentaires par jour ouvrable d’ici 2030, avec maintien de notre position concurrentielle
Le budget doit certes tenir la route, mais les différents gouvernements veulent également atteindre un taux d'emploi de 80 % d'ici 2030. C’est la raison pour laquelle Agoria, la plus importante fédération sectorielle du Belgique, exprime aujourd’hui son engagement. Le secteur technologique entend créer et pourvoir 16 emplois supplémentaires par jour ouvrable entre le début de 2020 et la fin de 2030. En tout, il s’agit de 40.000 emplois supplémentaires qui viennent en sus des remplacements de ceux qui changent de travail ou partent à la retraite. À condition que le secteur puisse maintenir ou renforcer sa position concurrentielle et que le marché du travail permette une mobilité vers le haut suffisante grâce à la formation continue de tous les travailleurs.

Notre position concurrentielle ne doit pas être minée par divers dangers. Pensons notamment à l'inflation, au niveau d’imposition ou aux coûts salariaux. Exactement une semaine avant le "state of the union" du Premier ministre, Agoria propose ce "new deal" aux différents gouvernements de notre pays pour faire en sorte que d'ici 2030, au moins huit personnes sur dix entre 20 et 64 ans aient un emploi. 

Pour Bart Steukers, qui siège également au conseil d'administration du VDAB, "Be The Change" n'est pas seulement une étude ou un projet, mais aussi un appel à ouvrir ensemble la voie au changement. Aujourd’hui, il appelle dès lors toutes les autres parties prenantes (gouvernements, syndicats, enseignement et acteurs de la formation, fonds de carrière, services d’emploi, initiateurs de l’activation et autres secteurs) à prendre des engagements similaires et à unir leurs forces pour relever le défi consistant à faire travailler huit personnes sur dix d'ici 2030. « C’est ensemble que nous nous sommes Be the Change », insiste-t-il.

La confiance des entreprises atteint un niveau record et est supérieure à la moyenne à long terme. « Il existe un optimisme intrinsèque dans notre secteur et les entreprises investissent donc dans l'avenir, à savoir dans leur capital humain. Il y a du travail pour tout le monde chez nous. Heureusement, les domaines d'expertise de notre secteur sont également demandés par d'autres secteurs. Il y a un avenir pour tout le monde. Il suffit de penser aux défis sociétaux tels que la transformation numérique ou verte. Chez nous, tout le monde peut bénéficier d’une formation. Nous prenons un réel engagement en faveur de la société », déclare Bart Steukers.

L’activité revenue au niveau pré-corona
En 2021, un chiffre d'affaires record de 137 milliards d'euros sera réalisé, supérieur donc aux 132 milliards d'euros réalisés en 2019. Cette nouvelle progression intervient après cinq années consécutives (2014-2018) de croissance de l’industrie technologique belge. 

Au cours des six premiers mois de l'année, l'activité a augmenté de 7 %. Les plus fortes hausses ont été enregistrées dans les secteurs de la première transformation, des fonderies et des métaux non ferreux (33 pour cent), des produits métalliques (15 pour cent) et de la construction mécanique (14 pour cent). Seul le secteur des télécoms connaît une progression limitée de 2 %. 
Les exportations augmentent d'un cinquième par rapport à l'année dernière, la part de marché se stabilise

Les exportations augmentent de 22% par rapport à l'année dernière, la part de marché reste stable
Les exportations technologiques belges renforcent la position européenne de notre pays. Au premier semestre de 2021, les exportations ont progressé de 22 pour cent par rapport à la première moitié de 2020. Les plus fortes hausses sont enregistrées en Amérique du Sud (plus 30 %) et dans l'Union européenne (plus 24 %). En 2020, les exportations ont encore diminué de 8 % par rapport à 2019. Nous avons exporté pour quelque 80 milliards d’euros. Ce sont principalement les exportations vers l'Asie de l'Est qui s’inscrivent à la baisse (-14 pour cent). 

Même si les exportations ont reculé l’année dernière, la part de marché de l'industrie technologique belge a augmenté sensiblement, à savoir d’un tiers d’un point de pourcentage. Pour cette année, Agoria estime que la part de marché va diminuer de 0,04 point de pourcent étant donné que notre moteur de croissance connaît quelques ratés en raison des problèmes d’approvisionnement.

Freins potentiels à la croissance : inflation, finances, approvisionnement et postes vacants
Agoria voit également quatre freins potentiels à la croissance du secteur : l'inflation, les finances publiques, les problèmes d'approvisionnement et le nombre record de postes vacants.

Par exemple, l'inflation, ou la hausse des prix dans l'économie en raison de la forte hausse des prix du gaz, suivie d'une détérioration de la compétitivité en raison de l’indexation automatique des salaires, n’y est pas étrangère. La marge disponible calculée par le Conseil Central de l’Économie avant indexations en 2021 et 2022 était de 2,85 pour cent. Aujourd'hui, il semble que l'on se dirige vers une indexation d’au moins 3,8 pour cent. Cela représente un dépassement d'au moins 0,95 % pour cent de ce qui était prévu dans la norme salariale. Si nous n’y prêtons pas attention, nous connaîtrons une grave détérioration de notre position concurrentielle. C’est pourquoi Agoria attire l’attention sur l’importance de la loi relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité, la fameuse loi de 1996. Agoria souligne qu’il ne faut pas vider cette loi de sa substance : tant le mécanisme de correction ex-tante que la marge de sécurité ex-post revêtent une importance capitale.

Agoria attire également l’attention sur les finances publiques. Entre fin 2019 et fin juin 2021, la dette publique a augmenté de 70 milliards d'euros, passant de 467 à 537 milliards d'euros. Agoria ne veut pas éroder la compétitivité par une augmentation des impôts, mais souhaite que l’on mise plutôt sur une réduction des dépenses. « Tout le monde ne parle que de réduction des dépenses ou d'augmentation des impôts. Mais il existe également une troisième voie, à savoir celle l’activation », souligne Bart Steukers.

Les problèmes d'approvisionnement en puces, acier, métaux non ferreux, bois, produits logistiques, etc. subsistent. Les prix de l'acier, de l'aluminium du cuivre et de l énergie ont presque doublé entre mai 2020 et mai 2021. L'approvisionnement en puces est encore incertain jusque bien loin 'en 2022. Des délais de livraison de cinq mois deviennent la « nouvelle normalité ». Cela implique des coûts supplémentaires, une insécurité grandissante et une pression accrue sur la chaîne d'approvisionnement. Agoria ne s'attend qu'à une diminution lente de ces délais. Selon la fédération, les fermetures dues à des problèmes d'approvisionnement ont entraîné une perte de chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros.

Le nombre de postes vacants sur le marché du travail n'a jamais été aussi élevé. Même l'économie belge crée des emplois plus rapidement que prévu après la crise du coronavirus. Entre le deuxième trimestre de 2020 et le deuxième trimestre de 2021, pas moins de 80.700 emplois ont été créés. Pour atteindre un taux d'emploi de 80 % dans notre pays d'ici 2030, nous devons créer 16.000 emplois nets par trimestre jusqu'à la fin de l'année 2030, dont 1.000 dans l'industrie technologique. Dans notre pays, le taux d'emploi en 2020 était de 70 %, alors que chez nos trois principaux partenaires commerciaux que sont l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, il était de 77,4 pour cent, et dans l'Union européenne, de 72,5 pour cent. Selon Agoria, une diminution du nombre de personnes ne travaillant pas et ne cherchant pas de travail (inactivité) sera bénéfique non seulement pour le taux d'emploi lui-même (car il y aura moins de postes vacants), mais aussi pour notre compétitivité par rapport aux autres pays européens ainsi que pour le financement de notre sécurité sociale et nos finances publiques.

Graphique : postes vacants dans le secteur technologique (source : Agoria)

Chiffres clés

  • 40 000 emplois supplémentaires dans le secteur technologique d'ici fin 2030, soit 16 par jour ouvrable.
  • Objectif: au moins 8 personnes sur 10 employées d'ici 2030.
  • Record de 314 398 emplois dans le secteur technologique, 1500 de plus qu'avant Corona.
  • Également un record de 15 860 postes vacants.
  • Depuis l'épidémie de Corona, 3 750 postes vacants supplémentaires, 
  • Ceci représente une perte de chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros.
  • 1,6 million de personnes âgées de 20 à 64 ans, soit 1 sur 4, ne travaillent pas ou ne cherchent pas de travail.
  • Une baisse d'un pour cent du taux d'inactivité pourrait réduire le déficit public annuel de 2 milliards d'euros.
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