Circularité : mesurer, c'est savoir, pour autant que vous sachiez ce que vous mesurez et comment communiquer | Agoria

Circularité : mesurer, c'est savoir, pour autant que vous sachiez ce que vous mesurez et comment communiquer

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Publié le 14/01/21 par Dries Vanneste
Toute entreprise, quelle que soit sa taille ou son activité, peut tirer parti d’une approche circulaire. Depuis quelque temps déjà, des pionniers se concentrent sur une ou plusieurs stratégies circulaires. En répondant à la demande croissante de produits et de services circulaires, ils créent une valeur ajoutée pour leur entreprise et la société. Les entreprises qui mettent l'accent sur la circularité veulent également pouvoir la mesurer de manière objective. Mais comment faire pour mesurer les progrès réalisés en matière de circularité ? Et comment démontrer le caractère circulaire des produits et services aux clients de manière objective ? Dans cet article, nous levons un coin du voile sur la façon dont les entreprises peuvent commencer à mesurer la circularité.

Mesurer la circularité

Dans une économie circulaire, la valeur des produits et des matériaux est préservée aussi longtemps et aussi intégralement que possible, la production de déchets étant quant à elle réduite à un minimum. La transition vers une économie (plus) circulaire est un changement systémique qui englobe tous les aspects de la vie économique.

Il n'existe donc pas d'indicateur universel unique pour la circularité. Il en existe cependant une multitude, chacun mesurant un aspect particulier de l'économie circulaire. 

La circularité peut essentiellement être mesurée sur trois niveaux : 

  • Macro-indicateurs : indicateurs de circularité au niveau des régions ou des États ;
  • Méso-indicateurs : indicateurs au niveau des systèmes pour répondre aux besoins de la société. La mobilité, l’alimentation et le logement entrent par exemple dans cette catégorie. Concrètement, le degré de circularité est mesuré lorsque ces besoins sont satisfaits ;
  • Micro-indicateurs : indicateurs au niveau des produits ou des services.

La plupart des indicateurs se concentrent sur les matériaux ou la consommation de matériaux. Il s'agit par exemple du degré de recyclage, de l'apport du recyclage, de l'efficacité du processus de recyclage, etc. Aucune méthode d'évaluation qualitative de la circularité n'existe à l’heure actuelle, certaines sont en cours de développement. Un exemple concret est le Circular economy performance indicator (CPI), qui compare le bénéfice effectif par rapport au bénéfice optimal en fonction de la qualité (par exemple, faible qualité des déchets plastiques). 

L'ISO (Organisation internationale de normalisation) est en train d’élaborer une norme de management sur l'économie circulaire portant la référence ISO/TC323. À travers cette démarche, elle cherche à créer un cadre conceptuel uniforme autour de l'économie circulaire et de tous ses aspects constitutifs. La norme établira des lignes directrices concrètes pour la mise en œuvre de projets d'économie circulaire dans les organisations (en s'appuyant sur des initiatives nationales telles que la norme de la BSI). En outre, elle comportera également un cadre uniforme pour la mesure de la circularité.

Mesure de la circularité : comment procèdent les pionniers ?

Comment traduire tout cela au niveau de l'entreprise ? La mesure de la circularité d'une entreprise exige une approche globale et requiert des informations sur les relations avec les clients, la collaboration avec des partenaires pour la collecte de données, la conception et la maintenance des produits, etc. Néanmoins, cette complexité ne doit pas pour autant être perçue comme un obstacle. Nous constatons que les pionniers embrassent cette complexité parce qu'elle leur permet d'explorer de nouvelles opportunités et activités. Elle leur permet également de mettre en place de nouveaux services et partenariats et d'accéder à des données précieuses.

Concrètement, les pionniers définissent les ICP au niveau de l'entreprise : le pourcentage des ventes provenant de produits et services circulaires, le pourcentage des déchets d'entreprise recyclés, l'enfouissement ou non de certains déchets, le fait que certains produits soient en cycle fermé, etc.  Des objectifs supplémentaires sont définis conformément à la stratégie circulaire par groupe de produits.

Cependant, certaines de ces entreprises vont plus loin et mesurent ce que l'on appelle la base de produits installés (produits installés sur le marché) à partir des données de vente, du suivi, des données des prestataires de services, etc. En outre, dans le cas d'une stratégie de remanufacturing, des données sont recueillies sur la quantité de produits installés qui sont retravaillés, mis à niveau ou révisés par les concurrents. Par ailleurs, le pourcentage de réutilisation des pièces de produits remanufacturés est mesuré et comparé au débit de sortie de la base de produits installés.

Philips NL crée de la valeur circulaire en misant (dans cet ordre) sur le reconditionnement, la récupération de pièces et le recyclage de grands produits tels que les scanners IRM. À cette fin, l’entreprise a mis au point un ICP spécifique, « Close the loop », qui mesure le pourcentage de reconditionnement, de récupération de pièces et de recyclage de la base de produits installés à la sortie.

Pour les combinaisons produit/service, la base de produits installée, exprimée en prestations fournies dans le temps (prestations/année) par les produits, est liée au poids appliqué du nouveau matériau. Pour les mises à niveau (logicielles ou matérielles), l'impact matériel est mesuré par rapport aux prestations vendues. Les produits en fin de contrat sont redistribués sur les revenus sans autre impact sur la consommation de matériaux. 

Comment commencer à mesurer les progrès de votre entreprise ?

La mesure de vos ambitions et de vos performances en matière d’entrepreneuriat circulaire vous donne un point de référence, débouche sur des actions d'amélioration et permet de vérifier si ces actions génèrent des résultats. Mais concrètement, par où faut-il commencer ?

Avant toute chose, il convient de déterminer quels sont les indicateurs disponibles et ceux qui sont utiles pour votre organisation. Sélectionnez un indicateur ou un ensemble d'indicateurs qui correspond à votre organisation, à un produit, un projet ou un processus spécifique. Pour ce faire, concentrez-vous sur l'indicateur qui offre actuellement la plus grande valeur ajoutée à votre entreprise. En suivant cette démarche, vous pourrez ainsi trouver un indicateur qui fournit une plus-value à la fois pour votre entreprise et pour votre client ou utilisateur final comme la réparabilité, la possibilité de mise à niveau, l'absence de substances dangereuses dans les matériaux utilisés, la réutilisation des pièces.... 

La deuxième étape consiste à fixer des objectifs concrets. Pour ce faire, il est essentiel de disposer des accords et définitions adéquats. Par exemple, si votre objectif est de proposer x % de produits circulaires dans votre portefeuille de produits d'ici 2025, il faut clairement définir le seuil minimum à partir duquel on peut parler de produit circulaire. En outre, la manière dont ce score de circularité est attribué doit être ajustée en interne. Il peut par exemple être judicieux d'apporter certaines nuances et de noter les produits circulaires sur une échelle plutôt que de leur attribuer directement un score de 0 ou de 100 %. 

Afin d'organiser la mesure et l'enregistrement des progrès en interne, vous devez déterminer qui vous allez impliquer dans cette démarche et qui aura réellement une influence sur les indicateurs. Dans la mesure où différents départements sont impliqués (conception des produits, production, vente, etc.), une approche multidisciplinaire sera nécessaire.

Comment communiquer au sujet de ces progrès ?

Avant tout, il est important de déterminer les progrès que vous souhaitez mettre en avant. Ces progrès peuvent se manifester à différents niveaux. Il peut s'agir d'une réduction de l'impact environnemental en misant sur la conception et l'utilisation du produit, d'un modèle de profit adapté qui privilégie la réparation, la mise à niveau ou le remanufacturing, ou encore d'une nouvelle collaboration visant à réutiliser les déchets de production. En fonction du contexte concret (appels d'offres publics, B2B, B2C, etc.), vous déterminerez quels indicateurs sont les plus pertinents.

La prochaine étape consistera à objectiver les indicateurs que vous souhaitez mettre en avant. Pour ce faire, vous vous appuierez sur des méthodes scientifiques éprouvées pour communiquer au sujet des indicateurs (évitant ainsi de faire du greenwashing). Ainsi, vous pouvez par exemple utiliser des systèmes de management (ISO 14001, etc.) et des accords de collaboration pour démontrer votre maîtrise des processus. Les analyses du cycle de vie (ACV ou même ACV étendue) et les PEF/OEF permettent de démontrer objectivement l'impact environnemental. Au niveau des produits, l'étiquetage énergétique constitue une valeur sûre sur laquelle il est possible de se reposer. Enfin, la norme de management ISO TC323 évoquée ci-dessus contribuera également à cette objectivation.

Quels sont les outils disponibles pour mesurer votre performance en matière de circularité ?

Il existe un grand nombre d'outils qui permettent de mesurer la circularité de manière qualitative ou quantitative. Il n'est donc pas toujours facile de trouver le bon outil pour votre entreprise face à cette surabondance d’instruments.

Nous vous proposons ci-dessous une liste (non exhaustive) de quelques outils connus qui seront abordés plus en détail lors de la masterclass et évalués en fonction de leur facilité d'utilisation, de leurs contraintes en matière de données et de temps, de leur coût, de leur qualité... Lors de cette masterclass, nous vous donnerons également un aperçu des outils en cours de développement.

  • Circular Transition Indicators (CTI) Framework du World Business Council of Sustainable Development (WBCSD) ;
  • Material Circularity Indicator ;
  • Circulytics de la Ellen MacArthur Foundation ;
  • Circularity Check du site ecopreneur.eu ;
  • Mobius de l’entreprise EcoChain ;
  • Circular IQ ;
  • CE Kompas ;
  • CESAR-tool ;
  • PRP®, un outil pour acheter de manière circulaire ;

Vous souhaitez en savoir plus ? Inscrivez-vous dès à présent à notre masterclass « Mesurer la circularité » qui se déroulera en deux parties, le 28 janvier et le 4 février. Ne tardez pas à vous inscrire, car le nombre de places est limité et nous comptons déjà plusieurs inscriptions.

 

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