COP26 (1/5): Les attentes d'Agoria pour la COP 26 | Agoria

COP26 (1/5): Les attentes d'Agoria pour la COP 26

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Publié le 28/10/21 par Sarah Godard
Le 31 octobre marquera le début de la conférence annuelle des Nations unies sur le climat à Glasgow. Avec près de 30 000 participants et plus de 100 dirigeants mondiaux, cette 26e conférence sur le climat devrait à nouveau être le théâtre de négociations internationales intenses. Sans grande surprise, les attentes sont d’ores et déjà élevées. En effet, la conférence intervient quelques mois après la publication du sixième rapport d'évaluation du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations unies). Celui-ci dresse un constat alarmant du réchauffement de la planète. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a qualifié le rapport de « code rouge pour l'humanité ».

Récemment interrogée sur ses attentes vis-à-vis de la COP26, Greta Thunberg avait formulé la réponse suivante : « Je n'en ai pas. Les annoncent se succèdent, les pays promettent de collaborer, mais au final, rien ne se passe. »  Aux yeux d'Agoria, il ne faut pas se montrer si négatif. L'accord de Paris sur le climat conclu en 2015 (lors de la COP21) représentait une avancée majeure. Il établissait non seulement le plafond de 2 degrés de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle dans un instrument juridique pour la première fois, mais fixait également l'ambition de limiter le réchauffement à 1,5 degré. 

Néanmoins, il faut reconnaître que de nombreuses conférences sur le climat n'ont abouti à rien par le passé. Marc Jaccard, professeur en énergie durable à l'université Simon Fraser au Canada, affirme dans son livre « A citizen's guide to climate change » que nous plaçons de trop grands espoirs dans les conférences sur le climat. « Lors des négociations internationales, on part toujours du principe que tous les pays se mettront volontairement d'accord sur la manière de partager la charge de manière équitable et proportionnelle, mais cela relève de l'utopie. »

En Belgique, il a fallu des années avant de parvenir à un accord sur la manière de répartir entre les régions les efforts résultant du protocole de Kyoto. Alors, que faut-il espérer d’une conférence de 12 jours réunissant plus de 100 pays ?

Qu'un accord ambitieux sur le climat soit conclu ou non, l'Europe doit continuer à montrer l'exemple et former une coalition de volontaires avec d'autres pays partageant les mêmes idées. 

Qu'un accord ambitieux sur le climat soit conclu ou non, l'Europe doit continuer à montrer l'exemple et former une coalition de volontaires avec d'autres pays partageant les mêmes idées. De cette manière, il sera possible d’exercer une pression sur les pays qui accusent un retard dans la définition et la réalisation des objectifs climatiques. Pour reprendre les mots de Marc Jaccard : « Climate leading countries that realize the necessity of carbon tariffs can form climate clubs that establish consistent carbon tariffs on the imports of laggard countries. This should be the basis for new international trade deals. » 

Avec le paquet « FIT for 55 » présenté cet été, l'Europe montre une fois de plus la voie à suivre. Le paquet contient toute une série d'instruments législatifs concrets visant à renforcer l'objectif climatique intermédiaire de l'UE pour 2030 avec une réduction des émissions de CO2 de 55 %, contre 40 % actuellement. Par ailleurs, les attentes sont élevées quant au renforcement du système européen d'échange de quotas d'émission (ETS), qui conduit à une augmentation des prix du carbone pour l'industrie, laquelle (en plus des prix élevés du gaz) se traduit à son tour par les prix très élevés de l'électricité que nous connaissons aujourd’hui.

Pour éviter que les entreprises ne délocalisent leur production dans des pays hors UE où les politiques climatiques sont moins strictes (ce que l'on appelle les « fuites de carbone »), l'Europe propose donc une nouveauté, à savoir un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Ce mécanisme, qui est voué à devenir une pièce maîtresse du marché européen du CO2, a sans aucun doute été conçu avec de bonnes intentions. 

Le MACF a été conçu avec de bonnes intentions. Toutefois, nous devons veiller à ce qu'un tel instrument n'ait pas un impact négatif majeur sur la chaîne de valeur de nos entreprises manufacturières, y compris pour les nombreux producteurs de technologies innovantes et respectueuses du climat.

Toutefois, nous devons veiller à ce qu'un tel instrument n'ait pas un impact négatif majeur sur la chaîne de valeur de nos entreprises manufacturières, y compris pour les nombreux producteurs de technologies innovantes et respectueuses du climat. Les mesures existantes en matière de fuite de carbone devraient tout d'abord faire l'objet d'un examen plus approfondi avant qu'un nouvel instrument ne soit introduit.

En effet, le MACF entraîne une nouvelle augmentation du prix des matériaux de base pour l'industrie utilisatrice, qui vient s'ajouter aux mesures antidumping et de sauvegarde ainsi qu’aux autres mesures de défense commerciale existantes. La question est donc de savoir si le MACF, dans sa forme actuelle, ne pourrait pas en fait conduire à davantage de fuites de carbone plus en aval de la chaîne de valeur, précisément là où est créée la plus grande valeur ajoutée pour l'économie européenne.

Une action unilatérale comme le MACF pourrait même compliquer plutôt que de faciliter les négociations en vue d'un accord majeur sur le climat lors de la COP26. Agoria appelle donc les dirigeants européens à profiter de cette occasion non seulement pour conclure avec d'autres pays hors UE partageant les mêmes idées des accords commerciaux multilatéraux favorables sur la base des objectifs et mesures climatiques, mais aussi pour former la plus grande alliance possible pour le climat. Si tel est le cas, on peut espérer que nous n'aurons pas besoin d'introduire un MACF européen complexe et potentiellement risqué. 

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