L'entreprise de logiciels B2B Twikit propose des solutions permettant aux entreprises de tirer parti des techniques de production numérique pour l'individualisation de masse, comme l'impression 3D. Outre les fabricants de prothèses, les équipementiers du secteur automobile font également partie du groupe cible de l'entreprise. Martijn Joris, le PDG de Twikit, a tout expliqué à Ward Vleegen de notre club de technologie du transport et de la mobilité. Cette conversation s'est avérée fascinante. Regardez la vidéo ici.


Bonjour Martijn. Pouvez-vous vous présenter et présenter votre entreprise ?

Oui, bien sûr. Je m’appelle Martijn Joris. Je suis le CEO et l’un des cofondateurs de Twikit. Nous sommes une entreprise anversoise qui fournit des solutions permettant à des entreprises, telles que les OEM dans le secteur automobile, d’exploiter le marché de l’individualisation de masse. Nous fournissons ce service en utilisant des techniques de fabrication numériques, comme l’impression 3D.

 

Pouvez-vous expliquer en quoi consistent exactement vos activités en matière d’impression 3D ?

À la base, nous sommes une société de logiciel B2B. Notre produit phare est une plateforme logicielle qui relie le premier maillon de la chaîne d’approvisionnement à la fabrication numérique, aux usines ou aux imprimantes 3D, par exemple. Nous nous concentrons davantage sur le logiciel et l’application en amont de la chaîne d’approvisionnement. Nous ne sommes donc pas une société d’impression 3D, nous ne construisons pas d’imprimantes 3D et nous n’offrons pas non plus de services d’impression 3D. Toutefois, nous nous appuyons sur tous ces éléments pour permettre d’autres applications.

 

Pouvez-vous donner quelques exemples d’applications dans l’industrie automobile ? Votre logiciel est probablement souvent commercialisé en marque blanche, de sorte que les utilisateurs finaux ne sont pas toujours conscients qu’ils utilisent le logiciel Twikit ?

En effet, Ward, notre logiciel est une marque blanche, vous ne reconnaîtriez donc pas la technologie Twikit sur un site web ou chez le concessionnaire. 

Pour ce qui est de l’impression 3D, ce logiciel est le tableau de bord entièrement personnalisable. Pour d’autres technologies telles que la découpe laser ou les CNC, nos services sont utilisés pour les seuils de portière et de nombreuses applications d’éclairage, comme la lumière projetée sur le sol lorsque la porte est ouverte ou l’éclairage intérieur personnalisé. Nous offrons également des applications dans le domaine des boîtes de vitesses, des jantes, des tapis de sol et des porte-clés, pour n’en citer que quelques-uns. L’histoire est toujours la même : les OEM veulent soit se lancer dans la personnalisation pour un client sensible au design, soit ils en font déjà par le biais d’un atelier sur mesure. À chaque fois, nous allons intégrer leurs produits dans notre système. Nous fabriquons un moule numérique du produit et déployons ensuite automatiquement les interfaces utilisateur en amont chez les concessionnaires ou sur le site web d’e-commerce tandis que, dans le même temps, notre système se connecte directement avec les centres de fabrication numérique.

Ainsi, chaque fois qu’un consommateur fabrique une pièce unique en amont, nous allons prendre cette configuration unique et l’intégrer à notre système. Le système crée automatiquement un fichier prêt pour la production et l’envoie au back-end, à l’imprimante 3D ou à la machine de fabrication numérique. La pièce produite est ensuite envoyée soit à l’usine, soit au concessionnaire, soit directement au consommateur.

 

Pourquoi avez-vous décidé de fonder votre propre entreprise ?

Voilà huit ans, nous discutions avec les cofondateurs, qui vivaient tous à Anvers. À l’époque, je travaillais chez Materialise, un leader belge bien connu dans le domaine de l’impression 3D et une entreprise où il est agréable de travailler. Je me souviens de discussions de fin de soirée avec les cofondateurs sur la manière dont nous pourrions faire profiter davantage de consommateurs et d’entreprises du potentiel de la fabrication additive. Nous sommes finalement arrivés à l’idée d’une plateforme logicielle qui serait très facile à utiliser en amont pour les consommateurs et qui transférerait toute la complexité de la fabrication en aval. Cette vision est née il y a 8 ans, après quoi nous avons décidé de nous lancer pour de bon.

 

En huit ans, vous êtes parvenus à créer une très belle entreprise et vous travaillez maintenant dans différents secteurs. Où se situe l’industrie automobile par rapport aux autres ?

Nous sommes actifs sur différents marchés, mais l’automobile et les orthèses (portables) sont nos marchés cibles à l’heure actuelle. Plus important encore, ces deux domaines se rejoignent à de nombreux égards. L’accent repose toujours sur la transformation numérique d’une chaîne d’approvisionnement. L’une des principales différences entre l’automobile et les orthèses est qu’elles ont des structures différentes : si vous parvenez à travailler avec 15 OEM automobiles, vous aurez conquis la quasi-totalité du marché. Le marché des orthèses est beaucoup plus vaste. Il existe quelques grandes entreprises et un grand nombre de petites ou de moyennes entreprises. Il faut donc adopter des stratégies commerciales différentes. Dans l’industrie automobile, nous nous concentrons davantage sur la valeur ajoutée, en ajoutant du luxe par le biais de la personnalisation, alors que les appareils orthopédiques représentent une première nécessité. Nos composantes médicales aident les gens à continuer à vivre leur vie. Le fait de se concentrer sur le luxe autant que sur les produits de première nécessité crée une très belle dynamique au sein de Twikit, et cette rencontre entre deux mondes me plaît réellement.

 

Vous avez mentionné les concessions, la conception, le marketing et l’ingénierie. À qui vous adressez-vous en premier pour vendre vos produits ?

Bonne question. Vous avez raison de le souligner car il s’agit d’une technologie de transformation, et qu’au vu de la multidisciplinarité qu’elle implique, plusieurs équipes sont nécessaires pour l’intégrer. Chez Twikit, nous avons développé des grilles internes permettant de savoir par où commencer au sein de l’organisation de l’OEM. Chez certains OEM, nous avons tout d’abord établi un contact avec le département IT. Si l’OEM a déjà des ateliers sur mesure, cela peut également constituer l’une de nos portes d’entrée. L’impression 3D est également passée du prototypage rapide à une véritable technologie de production, et les OEM ont créé d’énormes équipes de fabrication additive, ce qui est également un bon point de départ pour nous. Nous essayons différents canaux et voyons lequel est le mieux adapté. Nous conseillons également les OEM et les aidons à créer l’équipe multidisciplinaire dont ils ont besoin.

 

Martijn, j’ai l’impression que la personnalisation de masse est un sujet largement répandu, mais qu’en réalité, seuls quelques acteurs la pratiquent réellement. L’industrie automobile est-elle un précurseur dans ce domaine ? Et comment la personnalisation de masse évoluera-t-elle dans les années à venir ?

Je pense que tu as raison ; cela est en partie dû au fait que chaque technologie passe par un « hype cycle ». À un moment donné, la nouveauté est sur toutes les lèvres et son succès s’amplifie, puis la tendance commence à s’estomper pour laisser place à une véritable croissance structurelle. Nous avons observé un phénomène similaire avec la personnalisation de masse. À un moment donné, on promettait que tout passerait par une personnalisation de masse. Nous pensons que beaucoup de choses suivront cette voie, mais pas tout. L’industrie automobile est sans aucun doute un pionnier dans ce domaine. Cela fait déjà plusieurs décennies que vous pouvez faire de nombreux choix lors de l’achat d’une voiture. De nombreux OEM nous disent : « Vous n’avez pas besoin de prôner la personnalisation de masse, nous le faisons déjà ». Ce que nous devons promouvoir, c’est « l’individualisation de masse ». Pour cela, il faut aller encore un cran plus loin. Cependant, chez Twikit, notre expérience nous a appris que le marché a vraiment besoin de mettre en avant le potentiel de personnalisation. Le costume est un bon exemple de ce phénomène : depuis des siècles déjà, il est possible d’acheter des vêtements sur mesure qui sont parfaitement ajustés et élégants. Si demain quelqu’un devait mettre au point une solution pour digitaliser le processus et offrir cette possibilité au grand public, cela susciterait de la demande, car celle-ci existe déjà aujourd’hui.

 

Vous avez mentionné au début de cette interview que vous avez créé l’entreprise à partir d’une vision que vous partagiez avec vos cofondateurs. Aujourd’hui, quels sont vos objectifs dans l’industrie automobile ? Quel serait votre « but ultime » ?

La vision sur laquelle nous nous reposons est notre conviction que les voitures doivent devenir plus modulaires. On l’observe déjà aujourd’hui sur le marché. La modularité aide les OEM à conserver leurs usines plus longtemps, à changer de modèles et d’intérieurs plus rapidement, et à augmenter les possibilités de fabrication locale à la demande. Trouver une manière plus flexible de construire des voitures est un aspect auquel les équipementiers aspirent réellement. Ils veulent gagner en efficacité, produire de plus petites séries et réagir plus rapidement à la demande du marché. Les consommateurs sont devenus très exigeants. Les clients veulent pouvoir apporter des modifications rapidement, et c’est précisément ce que vise la fabrication numérique. Nous voulons encourager un mode de fabrication plus durable et local et le rendre plus sensible à la demande. Cela apporte une valeur ajoutée pour l’OEM (plus flexible), mais aussi pour la planète (plus durable) et pour le client final (plus individualisé). Voilà, en substance, la vision plus large qui nous anime et que nous présentons chaque jour à tous les OEM et fournisseurs de premier rang de l’industrie automobile. 

 

Intéressant ! Et si vous combinez cela à la tendance à l’électrification et au fait que les OEM sont en train de développer un châssis aux allures de skateboard dans lequel la batterie et la transmission sont les mêmes sur de nombreux véhicules et sur lequel l’habitacle et l’intérieur peuvent être intervertis à souhait, vous pourriez contribuer à personnaliser tous ces éléments à poser sur le châssis ?

Exactement. Les consommateurs, eux, peuvent garder le châssis. Si vous voulez changer l’intérieur de votre voiture après un an ou si vous voulez y ajouter des fonctionnalités, vous pouvez le faire de manière modulaire. Les voitures auront une durée de vie plus longue et seront plus individualisées. Je pense que tout le monde y gagne.

 

Fascinant ! C’est comme si les mises à jour « over the air » de Tesla étaient disponibles pour le matériel plutôt que pour le logiciel !

Exactement !

 

Merci, Martijn, c’était une discussion riche en enseignements. C’est vraiment impressionnant de voir le chemin que vous avez parcouru au cours des 8 dernières années et je suis vraiment curieux de voir ce que vous nous réservez dans les années à venir. Merci beaucoup et à bientôt !

Merci à toi, Ward !