Diabatix soutient d'autres entreprises - principalement des multinationales - dans la conception de composants de refroidissement (pour machines, véhicules ...). Selon son CEO et cofondateur Lieven Vervecken, le génie thermique ou "refroidissement" n'est pas vu comme une priorité par de nombreuses entreprises : "Personne ne conçoit une voiture électrique pour la refroidir. Pourtant, les entreprises qui placent le refroidissement en tête de leurs priorités peuvent vraiment faire la différence sur le marché". Regardez l'interview vidéo !


Bonjour Lieven, pouvez-vous nous expliquer le domaine d’activités de Diabatix et quel rôle vous occupez au sein de l'entreprise ?

Diabatix assiste d'autres entreprises, principalement de grandes multinationales, dans la conception de composants de refroidissement pour leurs machines, véhicules, etc. J'ai fondé l'entreprise il y a deux ans et j'en suis le CEO.

Qu'est-ce qui distingue Diabatix des autres sociétés de conception thermique ?

Notre technologie est tout simplement unique. Nous avons développé un outil capable de réaliser des conceptions thermiques de manière totalement autonome. Il est commandé par l'IA, fonctionne sur des superordinateurs et nous permet de créer des concepts thermiques qui sont 20 à 30 % plus efficaces que ce que pourrait concevoir un ingénieur humain. Une prouesse véritablement unique au monde.

La conception n'est donc pas réalisée par un humain, mais par un logiciel ?

Exactement. L'ensemble du processus de conception est entièrement autonome. Nous avons quelques ingénieurs qui implémentent les consignes de nos clients dans notre logiciel. Ensuite, il ne nous reste plus qu’à appuyer sur Start et à envoyer le résultat au client.

Vous avez déjà mentionné que vous travaillez principalement pour de grandes multinationales. J'imagine qu'elles ont déjà exploré plusieurs pistes par elles-mêmes avant de se tourner vers vous ?

La plupart d'entre elles disposent d'une importante équipe de conception en interne qui se concentre sur la conception thermique, notamment sur des applications telles que le refroidissement de batteries ou de moteurs électriques. Notre rôle consiste essentiellement à soutenir ces équipes afin de leur permettre de réaliser des conceptions plus rapidement et de manière plus efficace.

Vous êtes également présents dans l'industrie automobile. Pouvez-vous en dire un peu plus à ce sujet ?

Évidemment. En réalité, lorsque nous avons lancé l'entreprise, nous conseillions de se tenir à l'écart de l'industrie automobile, au risque de connaître de sérieux problèmes. De toute évidence, nous n'avons pas suivi ce conseil. L'an dernier, environ la moitié de nos revenus provenaient du secteur automobile. Cela est davantage dû au fait qu’ils avaient besoin de nous plutôt qu’au fait que nous les avons approchés. Nous avons été contactés par quelques grandes entreprises automobiles et à partir de ce moment, la machine était lancée. Dès que vous travaillez pour une entreprise, il est plus facile d'entrer en contact avec une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. C'est un grand marché, mais le monde des ingénieurs thermiques sur ce marché est plutôt restreint dans le sens où tout le monde se connaît.

Donc, alors que d'autres entreprises martelaient que l'industrie automobile est un marché vraiment difficile, il en est allé tout autrement pour vous ?

À vrai dire, les premiers pas sont plutôt faciles. Mais même avec les entreprises qui nous ont contactés de leur propre initiative, il a fallu plus d'un an pour mettre une véritable relation de travail en place. La tâche est ardue à bien des égards. Les délais sont très longs. De tous les secteurs dans lesquels nous sommes actifs, c'est de loin celui où le passage du premier contact à la collaboration effective prend le plus de temps. De plus, préserver la sécurité des données peut représenter un défi considérable. En matière de sécurité des données, nous constatons qu’il est plus facile de collaborer avec les OEM qu’avec les fournisseurs de premier rang.

Vous comptez donc aussi bien des OEM que des fournisseurs de premier rang parmi vos clients ?

Oui, car tous les OEM ne réalisent pas leurs conceptions thermiques eux-mêmes. C'est également l'un des défis auxquels nous sommes confrontés : notre position ne nous permet pas de déterminer si un OEM réalise sa conception thermique de A à Z ou seulement pour certains composants. Si vous cherchez à atteindre les OEM et qu'il s'avère que c'est le fournisseur de premier rang qui est responsable de cette partie du travail, vous devez pratiquement tout reprendre à zéro pour le même client.

Quelles sont les tendances technologiques que vous observez dans vos projets ?

La plupart des projets que nous menons dans l'industrie automobile sont liés aux véhicules électriques. Les tendances en matière de VE ne sont pas un secret : ils veulent tous rouler plus vite, accélérer plus vite et accroître l'autonomie. L'ingénierie thermique joue un rôle crucial dans toutes ces tendances.

Je pense que beaucoup de gens ne savent pas que les VE présentent des défis thermiques aussi importants.

Oui, et même pour la plupart de nos clients, l'ingénierie thermique ou le refroidissement des pièces ne constitue pas une priorité. Personne ne conçoit une voiture électrique pour la refroidir. Le but est avant tout de pouvoir la conduire, le refroidissement n’est qu’un problème secondaire. Néanmoins, les entreprises qui lui accordent une grande priorité peuvent véritablement se démarquer sur le marché. Par exemple, si vous cherchez une entreprise californienne de véhicules électriques bien connue sur Google, vous verrez qu'elle occupe la première place en termes de refroidissement. Cela leur confère certains avantages par rapport à leur concurrents, comme une autonomie accrue et une plus grande capacité de recharge rapide. Le refroidissement est l’un des facteurs critiques pour la recharge rapide.

Cela signifie-t-il qu'il faudrait commencer par intégrer la dimension thermique dès la phase de conception et ne pas attendre que la conception soit terminée ?

Oui, absolument. Si vous n'abordez la conception thermique qu'à la fin, les possibilités seront beaucoup plus limitées. Un jour, on nous a demandé de participer à la conception d'une plaque de refroidissement de batterie pour un grand OEM allemand qui avait pour ainsi dire oublié d'en intégrer une dans sa batterie. Alors que leur batterie était quasiment prête, ils ont bien été forcés de constater qu’ils devaient en ajouter une, une tâche extrêmement délicate à ce stade. Plus vos contraintes sont élevées, moins votre résultat sera optimal.

Percevez-vous un ralentissement des projets d'électrification à cause du coronavirus ?

À l’heure actuelle, nous n'avons pas perdu beaucoup de clients, mais l'activité a considérablement ralenti. Nos clients proviennent généralement du monde de la R&D. Ils expliquent que les directions se concentrent aujourd’hui sur le redémarrage de la production et de toute la chaîne d'approvisionnement, de sorte que les départements R&D seront les derniers à reprendre du service.

Vous avez fondé votre propre entreprise et êtes parvenu à vous faire une place sur le secteur automobile. Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui ont une idée brillante et qui veulent la concrétiser ?

Deux choses : travaillez dur et soyez patient. Le succès ne vient pas du jour au lendemain. J’estime que nous avons encore beaucoup de pain sur la planche avant de pouvoir réellement parler de succès. Nous avons une bonne base de clientèle, mais nous sommes encore loin d'être le prochain Facebook. Travailler dur et se montrer patient constituent donc deux éléments indispensables. En moyenne, nos cycles de vente s’étalent sur plus de neuf mois, une moyenne que le secteur automobile tire certainement vers le haut. L'un des principaux défis consiste à accumuler des références, surtout lorsque vous travaillez dans la R&D. La confidentialité est également primordiale. Si nous affichions ouvertement que « nous collaborons avec X », cela reviendrait en  fait à dire au monde entier que cette entreprise est confrontée à un problème thermique ou à des défis thermiques.

Sur 30 multinationales figurant dans notre liste de clients, vous en reconnaîtriez sans aucun doute 25. C'est un peu dommage que nous ne puissions pas mentionner leurs noms.

Diabatix joue donc un rôle quelque peu paradoxal : tout le monde veut travailler avec vous, mais personne ne veut que ses concurrents sachent qu'ils travaillent avec vous.

Exactement !

Eh bien, on en apprend tous les jours ! Merci beaucoup de vous être libérée, Lieven, et à bientôt !