Premiers embouteillages dus à la pluie sur les voies d’accès, chaos sur le ring et retour des files aux abords des écoles... Le mois de septembre n’est pas toujours une partie de plaisir sur les routes. Parviendrons-nous un jour à démêler ce maudit nœud de la mobilité dans notre pays ?


Nous avons posé la question à Bruno Depré (Engie Fabricom) et Luc Picard (ABB), respectivement président et vice-président du groupe de travail Smart Cities d’Agoria consacré à la ‘Smart Mobility’, lequel publiera prochainement une note de vision formulant des recommandations politiques pour une mobilité intelligente.

Quel est votre degré d’optimisme quant à la mobilité urbaine de demain ?

Bruno Depré : Je suis pleinement confiant. Bien entendu, j’ai conscience que nous nous trouvons face à un problème colossal, mais je suis convaincu que des solutions existent ou seront trouvées pour y remédier. Parfois, il faut tomber très bas pour pouvoir mieux remonter ensuite. Je brûle notamment d’impatience de voir arriver les premiers véhicules autonomes, qui joueront selon moi le rôle de catalyseur d’une nouvelle forme de mobilité révolutionnaire, faisant disparaître la frontière entre transport privé et transport public. La technologie devancera certainement l’encadrement juridique, mais nous finirons par y arriver. Saviez-vous qu’au moment où nous parlons, 5% tout au plus de l’ensemble des voitures sont effectivement en circulation ? Cela signifie que les 95% restants sont à l’arrêt quelque part et prennent une place folle. L’arrivée de véhicules autonomes - des voitures mais aussi des navettes - permettra de concevoir de nouveaux modèles dans le cadre desquels vous ne devrez plus nécessairement être propriétaire de votre moyen de transport, en tant qu’individu, mais pourrez consommer la mobilité comme un service : ‘mobility-as-a-service’. Les véhicules autonomes vous déposeront à votre destination avant de charger de nouveaux passagers. Par conséquent, le nombre de véhicules nécessaires sera beaucoup moins élevé à l’avenir, ce qui signifie également moins de parkings ou des parkings utilisés à d’autres fins (p.ex. comme stations de recharge pour véhicules autonomes) et plus de place pour des équipements verts et autres dans les centres-villes. J’entrevois ainsi de nombreux scénarios positifs et réalistes.

Luc Picard : Je suis assez confiant également. À l’heure actuelle, nous sommes encore bien trop accrochés à notre voiture, une solution globale que nous utilisons pour tout et n’importe quoi. À l’avenir, nous devrons sans doute nous déplacer de manière multimodale, en combinant différents moyens de transport selon les besoins, et en utilisant bien plus souvent les transports publics dans les centres-villes. Il est crucial que les décideurs politiques commencent à réfléchir concrètement dès aujourd’hui à la manière dont ils entendent aborder la transformation de nos villes et communes en smart cities, et dont ils souhaitent mettre à profit la technologie et les données pour améliorer non seulement la mobilité, mais aussi la qualité de vie globale.

Vers quelles technologies ces décideurs peuvent-ils par exemple déjà se tourner aujourd’hui ?

Bruno Depré : La première étape consisterait selon moi à optimiser l’infrastructure existante via l’utilisation de données numériques et le recours à des systèmes de transport intelligents (Intelligent Traffic Systems, ndlr). Des études ont démontré qu’en centre-ville, lors d’une journée normale d’ouverture des commerces, pas moins de 30% des voitures en circulation sont en réalité en train de chercher une place de parking. Si ces automobilistes pouvaient être guidés vers des emplacements libres au moyen d’une application intelligente et de données GPS, cela ferait une sacrée différence ! Autre application possible des STI : une meilleure synchronisation des feux de circulation entre eux et en fonction du trafic environnant. Relever ce défi permettrait déjà de fluidifier la circulation de manière spectaculaire ! À plus long terme, les STI représentent également une étape intermédiaire logique vers la mise en circulation de véhicules autonomes : nous passerons d’abord par une phase durant laquelle les véhicules seront contrôlés par un conducteur mais connectés entre eux et à l’infrastructure environnante.

Bruno Depré (photo): L’arrivée de véhicules autonomes - des voitures mais aussi des navettes - permettra de concevoir de nouveaux modèles dans le cadre desquels vous ne devrez plus nécessairement être propriétaire de votre moyen de transport, en tant qu’individu, mais pourrez consommer la mobilité comme un service : ‘mobility-as-a-service’.

Luc Picard : L’écologisation croissante des transports, notamment via l’augmentation du nombre de véhicules hybrides et électriques, constitue une autre évolution intéressante devant être suivie de près par les autorités. Le marché des véhicules particuliers demeure légèrement à la traîne faute d’une infrastructure de recharge suffisante mais pour ce qui est des transports publics, la tendance est très claire. À titre d’exemple, la société wallonne qui gère les bus TEC a résolument opté pour une technologie hybride, notamment à Namur et à Charleroi. À Namur, cela représentera à court terme une réduction de 80% de la consommation de diesel des bus TEC, ce qui permettra également de limiter les émissions de particules fines ainsi que les nuisances sonores liées au passage des bus en ville. La numérisation croissante permettra par ailleurs de mieux synchroniser les différents modes de transport et de les rendre plus complémentaires. Dans les grandes agglomérations, vous pourrez peut-être à l’avenir assurer une correspondance entre les bus et les trams sur le ring intérieur, et dans les plus petites villes, les vélos et Segways prendront peut-être le dessus. Mais quelles que soient les solutions qui seront privilégiées par les autorités, ces dernières devront avant tout penser au confort de ceux qui se déplacent et en tenir compte dès à présent dans leurs projets. Il est évident que la voiture occupera une place moins importante dans le centre-ville de demain, mais les gens n’opteront spontanément pour une alternative plus écologique et ne limiteront l’utilisation de la voiture aux plus longs trajets extra-urbains que lorsque ces alternatives seront au moins aussi efficaces.

Luc Picard (photo) : "Quelles que soient les solutions soutenues par les autorités, elles doivent avant tout être attentives au confort de ceux qui les utiliseront pour se déplacer. Elles devront intégrer cela dans leurs réflexion."

Bruno Depré : À moins bien entendu d’interdire purement et simplement les voitures en centre-ville. Mais dans ce cas, il convient de se demander s’il ne serait pas préférable d’investir au préalable dans l’infrastructure environnante nécessaire : parkings de délestage en suffisance et navettes rapides et confortables entre ces parkings et le centre-ville.

Quel rôle le groupe de travail Smart Mobility joue-t-il dans ce contexte ?

Bruno Depré : Nous sommes en contact avec de nombreuses autorités locales et nous constatons ainsi que de plus en plus de villes et communes sont en train de développer une vision en matière de mobilité, ou plus globalement de smart cities. Notre groupe de travail leur fournit une aide indépendante, sous la forme notamment d’une vue d’ensemble des possibilités et perspectives technologiques. Nous travaillons toujours à cet effet en étroite collaboration avec les autres groupes de travail Smart Cities d’Agoria, qui se concentrent sur d’autres thèmes tels que l’énergie, les bâtiments, l’infrastructure numérique, ... De cette manière, nous pouvons réellement leur fournir une vue d’ensemble globale.

Luc Picard : Dans quelques semaines, nous publierons également une note de vision dans laquelle nous exposons la vision de l’industrie technologique concernant la mobilité de demain. Ce thème y sera développé de manière relativement globale, à travers des recommandations politiques pour une mobilité plus écologique, une meilleure qualité de vie en centre-ville, une circulation plus sûre et plus efficace grâce aux technologies numériques, etc. Le but est ensuite de venir étayer cette note au moyen d’une série de livres blancs dans lesquels des solutions concrètes seront proposées pour les thèmes abordés, notamment une estimation de l’impact budgétaire. Par exemple : comment organiser une gestion numérique du parking dans votre ville ? De quoi avez-vous besoin et combien cela vous coûtera-t-il ? Inspirer les décideurs politiques est notre priorité pour les mois à venir.

La Semaine de la Mobilité annuelle débute ce samedi 16 septembre. Quel message souhaitez-vous faire passer à cette occasion ?

Luc Picard : J’aimerais faire passer le message que le moment est venu d’agir. Nous devons réfléchir dès aujourd’hui à la manière dont nous pourrions mettre à profit les technologies existantes le plus intelligemment possible afin de maintenir un confort de vie aussi élevé que possible dans nos villes de demain, au sein desquelles nous serons plus nombreux encore à devoir cohabiter. L’industrie technologique peut fournir des pistes de solution et le fera, mais il appartiendra aux décideurs politiques de prendre le taureau par les cornes en tant que « smart governments ». Le défi est colossal mais une bonne dose de technologie et un soupçon de courage politique sont tout ce dont nous avons besoin pour retrouver notre mobilité.

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Votre ville ou commune utilise des solutions technologiques intelligentes pour améliorer la qualité de la vie de ses habitants et offrir de meilleurs services aux citoyens ? Dans ce cas, Agoria vous invite à participer à l'Agoria Smart City Awards 2018 et à mettre ainsi votre projet en lumière ! Plus d'info sur www.agoria.be/fr/Agoria-Smart-City-Award-2018.