Adolescent, il rêvait de maquettes d'avions, aujourd'hui, il collabore au développement du drone de livraison chez Amazon. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la carrière de Cyriel Notteboom, ingénieur mécanicien (KU Leuven) et ancien nominé pour le prix Agoria, a pris un excellent départ. Et ce n'est pas un hasard puisqu'en 2014 déjà, il avait développé, avec son partenaire d'étude Menno Hochstenbach, un drone de livraison : le VertiKUL. Son mémoire de master lui a ouvert des portes.


Votre chien s'est acharné sur vos chaussures de foot ? Un clic sur la boutique en ligne et vous recevez une nouvelle paire, soigneusement livrée dans votre jardin par un drone une demi-heure plus tard. C'est la promesse faite par Amazon Prime Air dans sa publicité.

 Or, c'était également l'objectif du VertiKUL de 2014, un drone qui est non seulement capable de transporter des colis à grande vitesse, mais également d'atterrir à la verticale sur votre gazon. Il s'agit d'un appareil équipé de quatre ailes et hélices, une idée également développée par Google ensuite.

 Nous nous sommes entretenus avec l'ingénieur Cyriel Notteboom via Skype. Il a récemment déménagé de Cambridge à Seattle, où il collabore au développement du train d'atterrissage des drones d'Amazon. C'était justement pour lui une journée marathon puisque l'équipe travaille sur un nouveau drone dont elle présentera bientôt les premiers concepts. En interne, car Cyriel ne peut encore rien nous dévoiler pour le moment.

Du mémoire au drone

À l'époque, lorsque Cyriel Notteboom a parcouru la liste des sujets de mémoire, il s'est immédiatement senti inspiré par la livraison de colis. " Il y a cinq ans, les drones n'étaient pas encore omniprésents comme ils le sont aujourd'hui, bien qu'ils existaient déjà depuis les années 80. Lors de la rédaction de notre mémoire, il s'est avéré que mon partenaire d'étude, Menno Hochstenbach, et moi étions très complémentaires. Nous nous sommes surpassés. "

 Le résultat, le VertiKUL, s'est distingué au niveau international. " Nous avons réalisé un film sur notre mémoire et l'avons mis sur YouTube. Je suis parti en vacances et ai tout à coup reçu de nombreux e-mails, m'informant que le film comptabilisait près de 100 000 vues. Il a été repris par le site d'ingénieurs IEEE et d'autres sites internationaux. Soudain, notre mémoire faisait le buzz. "

 " C'est ainsi que le film a dû arriver chez Amazon. Un nouveau centre de recherche venait d'ouvrir ses portes près de Cambridge et ils m'ont demandé si je voulais y faire un stage. J'ai évidemment accepté. "

 " Je n'ai donc pas postulé moi-même chez Amazon, même si je connaissais bien sûr les projets de son dirigeant, Jeff Bezos. Personne ne savait rien de ce centre de recherche et je n'ai jamais vu aucune offre d'emploi ".

 Vous avez entre-temps déménagé de Cambridge à Seattle

 " Un emploi chez Amazon est flexible. Vous êtes libre de choisir votre propre voie, à condition que vous preniez vous-même l'initiative. À Cambridge, j'entretenais des contacts de plus en plus réguliers avec les États-Unis dans le cadre de plusieurs projets modestes. Déménager avec ma femme à Seattle était dans l'ordre des choses. "

" Même si je constate aujourd'hui que cette décision présente des avantages et des inconvénients. La communication s'est considérablement améliorée, tout comme la participation au processus décisionnel. Mais à Cambridge, je pouvais encore travailler toute la journée sans être dérangé, jusqu'à ce que l'équipe américaine se réveille. "

 En quoi votre mémoire vous a-t-il aidé ?

 " Grâce au VertiKUL, je me suis familiarisé avec chaque aspect de la conception d'un drone. Tout ce qui vole est extrêmement complexe à concevoir : si vous apportez un changement à l'arrière, vous devez également modifier l'avant et les ailes ".

 " Cela rend les choses tellement difficiles pour les spécialistes : l'amélioration d'un élément n'implique pas nécessairement une optimisation de la performance globale. Tout est lié ".

 " Pour le VertiKUL, nous avons cherché le meilleur concept en utilisant l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique. Amazon mise également sur ces outils. La conception ne se fait plus sur papier ; l'ordinateur calcule lui-même quel est le meilleur concept ".

 " Quant à savoir si j'ai tout appris de mon mémoire, la réponse est non. Je m'intéressais aux drones depuis longtemps : j'avais donc déjà les compétences. Mon mémoire m'a permis de les montrer au monde extérieur. Il m'a donné une certaine crédibilité ".

 " C'est le message que je souhaite faire passer aux étudiants ingénieurs : ne misez pas tout sur les cours et les points obtenus. De très nombreuses opportunités s'offrent aujourd'hui à vous en dehors de la formation. J'ai surtout beaucoup appris grâce à mes loisirs et à des associations. D'abord en m'adonnant au modélisme, ensuite en concevant des drones de course ".

 " À l'époque, j'ai également passé beaucoup de temps au FabLab, un laboratoire dans lequel des étudiants et passionnés peuvent notamment découper au laser. De nos jours, l'on trouve quantité de matériaux en ligne à un prix très abordable. Le meilleur conseil est de réaliser des choses par soi-même et de voir plus loin que les bancs de l'école. "

 Quel sera l'avenir du drone de livraison ?

 " Amazon y travaille depuis cinq ans maintenant et continue à investir massivement dans ce concept. L'objectif est toujours de livrer un colis en trente minutes dans le jardin du client. "

 " En 2016, nous avons effectué une première livraison publique : un concept de drone simple a livré un colis chez un client dans une zone éloignée. Un an plus tard, nous avions développé un second concept, hybride, avec des hélices et des ailes, comme celui de mon mémoire. Depuis, nous l'avons également soumis à de nombreux essais ".

 " À présent, nous nous sommes donc remis au travail. Progressivement, nous souhaitons desservir des zones à forte densité de population. Nous visons d'abord quelques quartiers mais ce champ d'action s'élargira à mesure que nous acquerrons de l'expérience. Jusqu'à ce qu'il soit finalement tout aussi normal de voir un drone dans les airs qu'une camionnette de livraison sur la route ".

  " Vous verrez d'ailleurs plusieurs types de drone dans le ciel puisque les exigences sont différentes en fonction de l'environnement. Dans les régions reculées, les drones doivent pouvoir parcourir de plus longues distances que dans les zones densément peuplées ".

 Pourquoi cette innovation est-elle si importante pour Amazon ?

 " Si la livraison de colis continue à se développer à ce rythme, les méthodes classiques ne suffiront plus. Le principal goulot d'étranglement ne se situe pas au niveau du magasin mais des derniers kilomètres à parcourir jusque chez le client, ou last-mile delivery.

La capacité des sociétés de livraison comme DHL est limitée. C'est pourquoi Amazon investit dans divers nouveaux développements. Cela va d'un système semblable à celui d'Uber, faisant intervenir monsieur et madame Tout-le-monde dans la livraison, à des avions propres. Bientôt, il y aura donc aussi des drones ".

 " Soyons clairs : les drones ne remplaceront jamais les camionnettes de livraison, qui permettent de transporter des centaines de colis en même temps. Mais leur grand avantage est la rapidité : dans les airs, l'on évite les embouteillages ". 

Lisez le mémoire : www.scriptiebank.be/pakketdrone

Le mémoire de Cyriel Notteboom et Menno Hochstenbach a été nominé pour le prix Agoria 2014. Cette année encore, Agoria recherche les meilleurs mémoires portant sur des technologies et innovations. Le gagnant recevra un prix d'une valeur de 1500 euros. Participez au Vlaamse Scriptieprijs et tentez automatiquement de remporter le prix Agoria !

 Cet article est paru dans le Vlaamse ScriptieKrant.