Chaque année, le 8 mars, la question de la pénurie de femmes dans les métiers techniques et scientifiques revient sur le tapis. Seules 25% des personnes travaillant dans le secteur tech sont des femmes et elles ne représentent que 18% des experts digitaux. Malgré les initiatives existantes, malgré tous les efforts fournis depuis des années par l’enseignement et d’autres organisations, ces chiffres n’évoluent pas... En quoi est-ce un problème ? Et y a-t-il d’autres solutions pour le résoudre ?


Dans un monde où l’information se digitalise, alimente des algorithmes qui eux-mêmes orientent, voire prennent des décisions, la compréhension et la maitrise de la technologie sont devenues des compétences clé pour accéder au pouvoir. Or, ce que la Journée Internationale des Femmes nous rappelle aussi chaque année c’est que la défense des droits des femmes est indissociable de leur présence dans les lieux de pouvoir.

Mais où trouver les informaticiennes et les ingénieures qui viendront renforcer de leur talent  les entreprises technologiques? Où trouver celles qui permettront que notre monde moderne n’exclue pas la moitié de la population de la numérisation en cours ? Et si la réponse ne se trouvait pas uniquement sur les bancs de l’école, mais également au cours de la carrière ?

Une femme ayant fait des études d’économie, de tourisme, de droit ou de communication ne se projetait probablement pas dans une entreprise technologique lorsqu’elle avait 18 ans. Pourtant, elle développe tout au long de son parcours professionnel de nombreuses compétences : en gestion de projets, en gestion d’équipe, en matière de communication, de vulgarisation technique, d’analyse de situation, etc… Qu’est ce qui empêcherait cette femme d’aller développer son talent au sein de sociétés technologiques où elle pourra s’épanouir professionnellement tout en contribuant à développer le monde de demain ?

Et si nous disions aux femmes qu’elles ont le droit de se projeter dans des métiers qu’elles ne connaissent pas, mais pour lesquelles elle sont compétentes ?

En leur expliquant non pas de quoi est faite la technologie, mais comment elle impacte notre monde. En dépoussiérant l’image d’un secteur perçu comme trop masculin, et surtout fermé aux personnes qui ne sont pas techniciennes, codeuses ou un peu geek. Le secteur technologique offre pléthore de métiers analytiques, créatifs et humains. Il offre des possibilités d’évolution et d’épanouissement, tout en travaillant sur des enjeux de société comme les soins de santé de demain ou une économie plus durable et plus circulaire. Et il n’est pas indispensable d’avoir étudié l’informatique pour y jouer un rôle. Bien sûr, nous avons besoin d’informaticiennes et d’ingénieures, mais pas que. Ségolène Martin qui a fondé Kantify, une entreprise d’intelligence artificielle, a étudié les sciences politiques. Julie Foulon a étudié la finance avant de fonder Molengeek et Girleek. La valeur ajoutée de la diversité sous toutes ses formes n’est plus à démontrer, cela vaut aussi pour la diversité des backgrounds et des formations.

De l’autre côté, nous devons aider les entreprises à mettre en avant des femmes talentueuses qui peuvent jouer un rôle de modèle et inspirer d’autres femmes au sein et à l’extérieur de leur organisation. Nous devons aussi les encourager à identifier les biais inconscients qui peuvent exister dans leur processus internes. Par exemple, on observe que les femmes ne postulent en moyenne que si elles répondent à 80% des critères demandés (contre 20% pour les hommes). Par conséquent, les longues listes de compétences exigées dans les descriptions de fonction filtrent plus de bon.ne.s candidats potentiels qu’elles n’en apportent.

Nous devons aider les entreprises à identifier cette diversité de talents qui ne s’identifient pas eux-mêmes, selon leurs standards historiques.

Il est urgent de revaloriser l’impact que le secteur technologique peut avoir pour les femmes, mais aussi l’impact que les femmes peuvent avoir sur le secteur technologique.

C’est un travail de longue haleine, mais le jeu en vaut la chandelle. L’impact positif pour les organisations privées (et publiques) est double. Non seulement il permettra de réduire la pénurie de talents à laquelle les sociétés technologiques sont confrontées (lisez à ce propos l’étude Be the change d’Agoria). De plus, apporter de la diversité dans les équipes a un impact positif sur les résultats économiques des entreprises[1]. Tout cela, en ouvrant le champ des possibles pour toutes les petites filles et les femmes qui pour le moment ne considèrent pas la technologie comme un chemin de carrière.

La Belgique ne manque ni de femmes compétentes, ni d’entreprises ambitieuses. Favoriser la rencontre de ces deux groupes pour plus de diversité chez les créateurs de technologies est un enjeu de société auquel nous croyons et dont on ne peut pas faire l’économie aujourd’hui.  

Camille MOMMER
Business Group Leader Manufacturing