"La qualité de notre enseignement a été au coeur de nombreuses discussions au cours des semaines écoulées. Avec raison… A mes yeux, ce thème doit continuer d'occuper une place centrale dans les futurs débats électoraux. Dans la mesure où les compétences numériques seront un important critère de réussite sur le marché du travail, l'enseignement doit y jouer, lui aussi, un rôle." L'opinion de Pascale Van Damme, présidente de l'Agoria Digital Committee.


Je constate qu'actuellement, les entreprises sont encore obligées de pallier aux carences numériques qu'affiche la palette des compétences des jeunes diplômés. S'y ajoute un autre défi: la nécessité - allant croissant - de former les collaborateurs aux nouveaux métiers numériques. La technologie et la numérisation sont souvent pointées du doigt comme étant le "grand méchant loup" à l'origine de tous ces bouleversements. Toutefois, si nous utilisons à bon escient la technologie afin de jeter des ponts entre enseignement, pouvoirs publics, entreprises et individus, elle devient davantage la solution que la cause.

Les bons choix en matière de technologie font toute la différence

Des sociétés telles qu'Amazon nous le prouvent sans cesse: " Ce n'est pas la technologie, en tant que telle, qui est source de disparition d'emplois. La technologie nous permet d'en faire davantage. De faire des choses qui étaient jusque là impossibles. Les emplois disparaissent surtout en raison des décisions à court terme des entreprises qui n'ont recours à la technologie que pour réduire les coûts et gonfler les bénéfices. " Voilà une observation qui fait mouche. La numérisation est souvent présentée comme une arme à double tranchant. Elle met le marché du travail sous pression mais, dans le même temps, nous offre des opportunités sans précédent. Si nous voulons réellement exploiter ces opportunités, il est temps de passer à l'action.

Dans le cadre de son étude Be the Change, Agoria a traduit en chiffres éloquents les conséquences qu'aurait tout immobilisme. A savoir: plus de 584.000 postes vacants non pourvus à l'horizon 2030 et des emplois ne trouvant pas preneur principalement dans le secteur des soins de santé, de l'IT et de l'enseignement. Nous courons en outre le risque que la population active ne soit plus en mesure d'assumer les nouveaux métiers. N'oublions pas en effet que, pour chaque emploi qui disparaîtra en raison de la numérisation, 3,7 nouveaux emplois seront créés. Si nous tirons parti de ce potentiel et si nous faisons en sorte que ces emplois supplémentaires soient correctement desservis, l'économie belge en récoltera les fruits au cours des années à venir.

Apprendre autrement

Lorsque nous pensons aux défis qui nous attendent, nous évoquons systématiquement l'apprentissage tout au long de l'existence. Le fait est toutefois que d'importants obstacles subsistent pour le passage à l'acte. Il n'est pas évident de trouver - et d'aménager - le temps et les moyens nécessaires pour les reconversions. Quiconque veut allier apprentissage, famille et métier doit tout d'abord mettre de l'ordre dans son planning. Il revient aux pouvoirs publics d'accélérer ses projets visant à créer de meilleures structures en support de l'apprentissage tout au long de la vie. Les enjeux sont énormes en cas d'échec. Non seulement les annonces de licenciements collectifs se succéderont à un rythme soutenu mais l'indispensable diversité sur le lieu de travail en pâtira également. A l'heure actuelle, les entreprises tirent encore insuffisamment parti de toutes les compétences que possèdent leurs collaborateurs. Cela vaut également pour les compétences numériques et "soft" qui gagneront encore en importance à l'ère du numérique. Parmi elles, citons un sens critique, une approche en mode résolution de problème, des compétences en communication, de l'adaptabilité, de la créativité et la prise de responsabilité. Il faut cultiver la diversité. Nous avons besoin, pour ce faire, d'un "skill set" varié que les entreprises, elles aussi, se doivent d'alimenter et de développer.

Les réponses, évidemment, ne doivent pas uniquement venir de l'enseignement. Nous devons construire un écosystème solide impliquant enseignement, pouvoirs publics, entreprises et individus. Du côté des entreprises, le défi consiste à mettre en oeuvre une politique forte en matière de "blended learning". Cinq générations se côtoient aujourd'hui dans le monde du travail. Cela signifie qu'il n'y a pas une seule et unique réponse pour résoudre les défis de l'apprentissage tout au long de la vie. Une chose, par contre, est sûre: la technologie peut faire la différence. Il s'agit d'exploiter nettement plus, "on the job", les potentiels de l'apprentissage en ligne et virtuel (à l'aide de l'IA et du gaming), en supplément aux modes traditionnels d'apprentissage collectif. Ils procurent la souplesse nécessaire permettant aux individus de se former là et quand ils le désirent. L'apprentissage en classe ne donne des résultats que si les individus peuvent le mettre immédiatement en pratique. Ce qui n'est malheureusement pas souvent le cas.

La plate-forme de contenus en ligne Butterfly a vu le jour en raison des frustrations que ressentaient de nombreux managers à propos des formations en leadership dont ils bénéficiaient. Butterfly assure un suivi du feedback et utilise l'apprentissage automatique (machine learning) pour envoyer dynamiquement de petits conseils pratiques aux managers par le biais du chatbot Alex. La technologie permet donc d'en faire davantage. N'oublions pas que les enjeux sont énormes. Dans le cadre de l'étude Be the Change, Agoria a calculé que si nous ne parvenons pas à assurer la reconversion des chercheurs d'emploi et des personnes actives, les pertes d'emplois, à l'horizon 2030, risquent de représenter une valeur de 35 milliards d'euros, en terme de PIB.

A ère nouvelle, modèles nouveaux

Le traditionnel parcours linéaire en trois étapes - études, vie professionnelle, pension - n'a plus cours. Toutefois, les nouveaux modèles, où les périodes d'apprentissage et de travail se succèdent, éprouvent des difficultés à s'implanter. Ni les entreprises, ni les pouvoirs publics ne sont bien préparés à accueillir des collaborateurs et des citoyens qui travaillent au gré de périodes aléatoires. Il n'y a pas de réponse claire à cette situation mais si nous voulons progresser, l'enseignement, les pouvoirs publics, les entreprises et les individus devront prendre des mesures et évaluer par ailleurs la manière dont la technologie peut leur permettre d'en faire davantage que par le passé. Si l'on met la technologie à contribution de manière optimale afin d'accroître la productivité des collaborateurs, elle sera à même de réduire les besoins en nouveaux jobs. Selon l'étude Be the Change, une augmentation sensible de la productivité par le biais de l'automatisation et de la numérisation (pensons par ex. aux assistants numériques dans le secteur des soins de santé) peut permettre de réduire de quelque 208.000 unités l'accroissement de la demande d'emplois supplémentaires à l'horizon 2030.

Si la technologie constitue une partie de la solution, il va de soi que Dell Technologies désire être à l'initiative. Notre propre étude Generation Z a démontré que seulement 57% des jeunes estiment que leur école les prépare idéalement à leurs futures carrières. Notre toute nouvelle gamme de produits destinée à l'enseignement répond à ce besoin et permet aux enseignants d'intégrer la technologie et d'appliquer les nouvelles pratiques pédagogiques. Dans le même temps, notre gamme incite les étudiants à la découverte et à l'expérimentation.

La bonne nouvelle est toutefois que le volontarisme progresse de toutes parts. Une enquête récente de JUMP, une initiative belge dédiée à l'égalité des genres, indique que 95% des femmes actives sont conscientes de la nécessité qu'il y a à développer leurs compétences numériques. 85% se disent prêtes à y travailler mais la moitié se sentent entravées par un manque de temps et de soutien de la part de leur entreprise. Seulement 8% des femmes interrogées disent recevoir le soutien nécessaire au sein de leur société. L'enquête de JUMP se limite certes à la fraction féminine de la population mais elle n'en indique pas moins une tendance éloquente.

A l'heure de la "guerre des talents", chaque entreprise devra mettre ses atouts sur la table afin de faire valoir son attractivité en tant qu'employeur. L'accès à l'apprentissage est un de ces atouts. Cet accès peut être accéléré grâce à la technologie, selon une démarche sur-mesure correspondant aux besoins de chaque individu. L'apprentissage tout au long de la vie est une question de co-création entre l'enseignement, les pouvoirs publics, les entreprises et les individus. La technologie, elle, est le catalyseur qui permettra d'en faire davantage que par le passé et d'accélérer l'avènement de l'apprentissage tout au long de la vie dans l'environnement de travail. 

Billet d'opinion rédigé par Pascale Van Damme, vice-présidente et directrice générale de Dell Technologies Belux et présidente de l'Agoria Digital Committee. Photo: Studio Dann. 

Les talents à l'heure de la digitalisation sont au coeur de l'Annual Event d'Agoria ce 22 mai. Inscrivez-vous dès maintenant via info.agoria.be/fr/bethechange et façonnez avec nous les jobs de demain.