Dix hommes et femmes politiques ont répondu aux questions claires et directes de 8 dirigeants d'entreprise au sujet de notre compétitivité. Voici leurs réponses.


Handicap salarial

La question du coût salarial s'est rapidement réduite à un débat sur la réforme des retraites. La raison en était l'action syndicale dans le centre de Bruxelles le même jour.

 

John Crombez (sp.a) : " La fiscalité sur le travail doit encore être réduite, d'au moins 10%. Cela signifie qu'un certain nombre d'éléments budgétaires existant actuellement, comme les subsides aux entreprises, les voitures de sociétés,... doivent être examinés de manière critique et que des choix devront être faits. "

Bart De Wever (N-VA) : " La réforme des pensions, c'est comme le changement climatique, elle est inéluctable. Je ne comprends pas l'action d'aujourd'hui, d'autant plus que nous devons encore entamer les négociations sur les métiers pénibles. Celui qui entame des négociations avec une grève est déjà mal parti. "

Frédéric Daerden (PS) : " Les pensions doivent être financées autrement que juste par les cotisations sociales des travailleurs. Il faut élargir leur base de financement. "

Didier Gosuin (DéFi) : " Même si je partage l'idée d'une réforme des pensions, la manifestation d'aujourd'hui est l'expression de l'absence de dialogue social. "

Gwendolyn Rutten (Open vld) : " Ce n'est pas en faisant grève que nous paierons les pensions. Faire grève, c'est même faire preuve d'un manque de solidarité avec les générations futures. Que devrons-nous faire lors de la prochaine législature ? Procéder à une nouvelle baisse des coûts salariaux de l'ampleur de l'actuelle. "

Meyrem Almaci (Groen) : " Il est absolument nécessaire de rendre meilleur marché une chose qui est positive, à savoir le travail. Il faut donc procéder à un glissement efficace des charges. Mais vous devez également tenir compte des dépenses publiques. À ce niveau également, il faut faire preuve d'efficacité. L'action syndicale d'aujourd'hui constitue toutefois une manifestation qui a été commandée par le gouvernement. Les interrogations des gens quant à leur pension en constituent la cause sous-jacente. "

Wouter Beke (CD&V) : " Cette inquiétude est compréhensible. Nous faisons en effet face à un défi gigantesque, car à partir de l'année prochaine, il y aura plus de personnes qui prendront leur retraite que de personnes entrant sur le marché du travail. Je vois deux manières d'aborder ce problème, lesquelles sont également appliquées par le gouvernement actuel : d'une part, procéder à des réformes et d'autre part, également veiller à ce que des moyens supplémentaires soient affectés aux pensions : je parle de 8 à 9 milliards pour cette législature. "

Georges Bouchez (MR) : " Il faut entendre les préoccupations, mais ne pas jouer sur les peurs. La vraie crainte, c'est que, si on ne fait pas de réforme, il n'y aura plus de pension. L'irresponsabilité, c'est de ne rien faire. "

Centres de décision

Comment éviter que les centres de décision quittent la Belgique et garantir l'ancrage belge de nos entreprises ?

 

Wouter Beke (CD&V) : "  Koen Geens, notre ministre de la Justice, est en train de mener, dans le cadre de la réforme du droit des sociétés et des associations, une réforme qui doit permettre un droit de vote multiple pour les actionnaires qui le sont déjà depuis longtemps, comme cela existe déjà à l'étranger. "

Meyrem Almaci (Groen) : " Je soutiens l'initiative du ministre Geens, mail il faudrait que la possibilité d'un droit de vote multiple soit prévue au préalable dans les statuts avant que celui-ci ne soit possible. "

Gilles Vanden Burre (Ecolo) : " L'ancrage local des entreprises est pour nous fondamental. L'initiative du Ministre Geens est intéressante, mais il faut aller plus loin. Avec Groen, nous avons introduit une proposition qui inverse la situation actuelle et qui rend un droit de vote multiple automatiquement possible dans les entreprises cotées en bourse : à moins que 3/4 du Conseil d'administration ne s'y oppose, le droit de vote multiple est automatique.  Pour notre proposition, nous nous sommes inspirés de l'exemple français. "

Gwendolyn Rutten (Open vld) : " Les centre de décision en Belgique sont importants, mais vous ne pouvez pas les imposer artificiellement. Je ne crois pas dans le nationalisme économique. Je suis une libérale qui défend le principe " One share - One vote ". If you want the majority, get the votes! Si nous adoptons une loi, il s'agira d'une loi qui offre la possibilité, sans en faire une obligation. " 

John Crombez (sp.a) : " Je trouve que nous les Belges pouvons travailler de manière plus stratégique et examiner ce dont nous avons besoin comme ancrage. "

Bart De Wever (N-VA) : " En 1934, nous avons supprimé dans notre pays le droit de votre multiple dans les entreprises parce que cela freinait la dynamique au sein des entreprises. Je suis prêt à suivre le raisonnement de verts et défendre la réintroduction du droit de vote multiple, même si un taux de 3/4 est sans doute trop élevé et que nous devons viser un chiffre inférieur. "

Financement

Pourquoi nos start-ups qui ont le plus de potentiel doivent-elles aller chercher des financements à l'étranger ?

Gwendolyn Rutten (Open vld) : " Ce que nous devons faire dans notre pays, c'est miser sur l'humain. Nous possédons un capital humain très fort. L'enseignement, la recherche et le développement sont des investissements prioritaires. Nous devons en outre oeuvrer en faveur d'un marché numérique unique en Europe.

Gilles Vanden Burre (Ecolo) : "Il faut mettre en place des outils de financement plus globaux, à l'échelle du pays, pour soutenir les entreprises qui se lancent. Aujourd'hui, les efforts sont trop dispersés. "

Didier Gosuin (DéFi) : " 30% des start-ups belges sont bruxelloises. Il faut d'abord valider un projet avant de rechercher des capitaux. Aujourd'hui, on fait souvent l'inverse. "

Frédéric Daerden (PS) : " Le financement doit se faire avec l'aide des banques – et les banques doivent être moins frileuses, plus orientées vers le développement de l'économie réelle. Les outils de financement public doivent s'orienter vers les entreprises qui travaillent dans le cadre d'un tissu économique, comme cela se fait en Wallonie avec les pôles de compétitivité. "

Maxime Prévôt (cdH) : " Il y a deux enjeux : celui de la disponibilité des capitaux et des voies de financement, qui ne doivent pas se restreindre aux seuls outils publics, et celui de l'état d'esprit. Une vraie révolution numérique doit pénétrer tous les questions. Il faut inciter les gens à créer leur propre job. "

Georges Bouchez (MR) : " Quand une entreprise débute avec trop peu de capital propre, le risque de faillite est beaucoup plus élevé. En Wallonie, les invests publics vont se spécialiser dans certains secteurs technologiques, et se fixer des objectifs. Il est fondamental en effet de pouvoir évaluer. "

Fragmentation des compétences

Nos institutions belges ne sont-elles pas trop complexes pour soutenir efficacement l'esprit d'entreprise ?

Meyrem Almaci (Groen) : " Mettons d'abord la sixième réforme de l'État correctement en oeuvre, car il y a encore beaucoup de pain sur la planche à ce niveau. Le commerce extérieur, par exemple, est une compétence extrêmement morcelée. Quelque 30 personnes travaillent de façon indépendante et cloisonnée les unes par rapport aux autres à New York. C'est totalement incompréhensible pour moi. Cela ne positionne pas notre pays sur la carte du monde : c'est de la concurrence mutuelle. "

Bart De Wever (N-VA) : " Nous ne pourrons jamais aller assez loin dans la régionalisation. Il ne s'agit pas d'institutions, mais de la démocratie sous-jacente. Nous devons regrouper des compétences par démocratie en une seule, certainement tout ce qui touche aux recettes, comme les recettes fiscales, les politiques en matière d'emploi et d'innovation. "

Wouter Beke (CD&V) : " Dans le sillage de la digitalisation qui est en cours et qui va encore se renforcer, il peut y avoir des opportunités pour les pouvoirs publics. C'est principalement la question de savoir comment organiser notre front-office en faveur du citoyen qui importe. Dans un pays comme le nôtre, il devrait quand même être possible que les régions mettent d'elles-mêmes à disposition toutes les informations dont elles disposent concernant les citoyens lorsqu'elles entrent en contact avec ces citoyens pour des questions de fiscalité, de sécurité sociale, par exemple. "

Maxime Prévôt (cdH) : " Sur certains aspects, on a été trop loin (dans la régionalisation NDLR). Par exemple, dans le domaine de l'énergie et du commerce extérieur. Il faut travailler ensemble plutôt que se marcher sur les pieds. "

John Crombez (sp.a) : " Si je ne devais citer qu'une seule compétence, alors ce serait les travaux d'infrastructure, à regrouper à une seule compétence, ne fût-ce que temporairement. Dans le budget, les investissements dans les infrastructures ont baissé de 4,5% à 2%. Or nous avons absolument besoin de ces investissements, car ni le travail ni le capital n'apporteront le gain de productivité dont notre pays a besoin. Il serait également opportun d'avoir moins d'hommes politiques, mais ceux-ci pourraient alors siéger dans plusieurs parlements à la fois, en étant investis de la même compétence. Ceci serait plus logique et permettrait de réduire les désaccords.

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