"Nous avons encore du travail pour encourager les entreprises et les jeunes à faire le choix de l'alternance", admet Thierry Castagne, directeur d'Agoria Wallonie. "Mais le secteur est actif et croit en un enseignement en alternance d'excellence." Ce 8 mai, 30 entreprises étaient présentes pour préparer la nouvelle rentrée académique de la formation en alternance.


 Quelques chiffres et observations sur l'alternance

Giuseppe Pagano, professeur et Vice-recteur de l'Université de Mons souligne deux tendances au sein des universités :

  • L'augmentation du nombre d'étudiants, ce qu'il appelle aussi la démocratisation de l'enseignement universitaire. On est passé de plus de 62.000 étudiants en 1996 à plus de 90.000 en 2015, soit une augmentation de 50%.
  • Une ouverture au monde extérieur : vers les entreprises et vers l'étranger. C'est ainsi que dans les cursus universitaires des stages de 10 à 12 semaines en entreprises sont possibles, mais aussi l'alternance . L'alternance est d'ailleurs devenue une nouvelle forme particulière d'organisation de l'enseignement.
  • Mr Pagano rappelle les mots du décret de juin 2016 qui organise l'enseignement supérieur en alternance : " l'alternance est un enseignement dans lequel l'acquisition des compétences pour l'obtention d'un diplôme se fait au moins à 40% en entreprise ". Il a fallu donc "accepter" qu'une partie des compétences se fasse en dehors de l'établissement mais en entreprise.

Tous les domaines ne sont pas ouverts à l'alternance mais 8 ont été déterminés, dont les sciences de l'ingénieur et la technologie. Comme le master en sciences de l'informatique organisé à l'UMons. Au total, 40 étudiants sont en alternance dans les universités francophones.

Thierry Castagne, Directeur Général Agoria Wallonie : 
"Agoria Wallonie s'est engagée à doubler sur 3 ans le nombre d'entreprises qui accueillent un jeune. Objectif atteint : on compte actuellement 65 entreprises membres qui offrent une place à 130 personnes dans un cursus en alternance."

Une analyse SWOT de l'alternance a été réalisée :

Forces

- suivi étroit des stagiaires en entreprise et à l'UMons

- Investissement des enseignants

- Soutien de coaches expérimentés en entreprise (collaboration étroite avec l'entreprise)

Opportunités

- Volonté des entreprises à interagir avec le monde académique

- Entreprises demandeuses de stagiaires (métier en pénurie)

- Reconversion d'étudiants vers un autre de l'informatique

Faiblesses

- Charge de travail lié au suivi

- Manque de temps des enseignants

-Manque d'expérience en alternance

Menaces

- Beaucoup d'étudiants travaillent déjà (peu d'étudiants à proposer aux entreprises)

- Charge financière pour l'entreprise

- Formation vs Apprentissage

Entreprises, écoles, étudiants... que pensent-ils de l'alternance ?

Les participants à cette rencontre du 8 mai ont pu discuter avec un panel composé de : 

  • Giuseppe Pagano (voir plus haut)
  • Bruno Radermacher, CEO de Jumo Automation
  • Valérie De Graeve, HR Director de Thales Alenia Space Belgium
  • Marc Depont, Site General Services Manager, Alstom Transport (et tuteur en entreprise),
  • Sylvain et Nicolas, 2 étudiants en alternance en gestion de production
  • Christophe Spens, coordinateur à Helha.
  • Eric Robert, Head du centre d'expertise Talent & Marché du travail était le modérateur.

Eric Robert : quel est l'intérêt de l'alternance ?

Valérie De Graeve : Agoria nous a convaincu de nous lancer dans l'aventure de l'alternance, mais certainement pas tête baissée. Nous avons réfléchi, examiné les "pour" et les "contre". Il est essentiel que chacun en retire quelque chose, que ce soit un projet "win-win".

Actuellement, nous avons 7 alternants chez nous. On peut dire que c'est une vraie réussite. Ce projet est d'ailleurs piloté par la direction générale qui est demandeuse d'aller dans ce sens.

Bruno Radermacher : Jumo Automation est située à Eupen, nous sommes fortement imprégnés par l'alternance très développée en Allemagne. C'est dans notre ADN ! À titre indicatif, la maison mère qui occupe 1.200 collaborateurs, compte 120 personnes en alternance. À Eupen, nous avons en avons un qui fait son cursus à Aix-la-Chapelle. Nous sommes convaincus de l'utilité de l'alternance qui a fait ses preuves. En Allemagne, 100.000 étudiants suivent un cursus en alternance, dont 15% d'universitaires.

en Allemagne, industriels, académiques, et même le monde politique, tous sont convaincus que l'alternance est une des clefs du succès de l'industrie allemande.

L'une des forces de l'alternance est le transfert de technologie du monde industriel vers le monde académique, et inversément. Les industriels belges parlent tous de l'alternance avec beaucoup de conviction, même le Roi a fait des visites d'entreprises orientées sur l'alternance... Tout le monde estime que c'est le 'Saint Graal' mais peu franchissent le pas. Je ne comprends pas pourquoi. Il faut changer les mentalités au niveau académique et au niveau du monde politique, mais c'est à nous de faire bouger les esprits.

Marc Depont (tuteur en entreprise) : L'alternance n'est pas très compliquée en tant que tuteur. J'ai eu la chance de suivre la deuxième année d'une étudiante en master Facility management à la Haute École de Province de Liège, qui a d'ailleurs réussi brillamment.  Au niveau opérationnel, cela demande de l'investissement mais il y a un retour grâce au transfert de connaissances. Nous lui avons également apporté une vision qu'elle n'a pas forcément à l'école, comme la nécessité de s'adapter à la vie de l'entreprise, à ses changements... 

Nous regrettons de n'avoir pas trouvé de candidat cette année. Mais il ne faut pas perdre de vue que pour accueillir un étudiant en alternance, il faut avoir un projet concret à lui soumettre. 

L'étudiante a par exemple participé à la rédaction de gros contrats, nous l'avons impliquée comme si elle faisait partie intégrante de l'entreprise, ce qu'elle l'a énormément apprécié.

Eric Robert : Pourquoi les Hautes Ecoles sont-elles si intéressées par l'alternance ?

Christophe Spens : Notre école est très proche du monde industriel. Quand s'est manifestée la nécessité d'une formation qui ne forment pas des techniciens purs ou des ingénieurs, mais un profil entre les deux (un technicien déjà spécialisé dans sa discipline mais qui a une vue sur l'ensemble des problèmes à la production), nous avons développé un master en gestion de production en alternance.

Le master en alternance en gestion de production est clairement une demande qui est venue du monde industriel.

Eric Robert : qu'est ce qui décide un jeune à se lancer dans l'alternance ?

Sylvain (étudiant en master 2 gestion production) : J'ai terminé mon bachelier en automobile en 2014, ensuite j'ai travaillé pendant 2 ans dans un autre secteur. J'avais la volonté de continuer mes études mais j'étais déjà indépendant financièrement... il fallait que je puisse assumer mes charges !

J'ai trouvé dans l'alternance la solution pour me former tout en restant indépendant financièrement.

Eric Robert : Pourquoi l'alternance et pas une formation en horaire décalé ?

Sylvain : Je l'ai tenté durant une demi-année mais cela ne me correspondait pas car les horaires étaient trop compliqués à gérer.

Nicolas : J'ai terminé un bachelier en construction à Libramont et j'ai embrayé dans la société dans laquelle j'ai fait mon stage de fin d'études. Pourquoi ? D'une part, le dirigeant de la société m'a demandé de rejoindre son équipe en tant que bachelier, d'autre part, j'avais la volonté de continuer à me former.

Tiraillé entre ces deux options : entrer dans le monde professionnel ou continuer ma formation avec un master, j'ai trouvé dans l'alternance le bon compromis.

Eric Robert : Comment expliquer qu'en France et en Allemagne, leaders industriels mondiaux,  il y ait des milliers de jeunes en alternance dans l'enseignement supérieur et pas chez nous ?

Giuseppe Pagano : Même si l'enseignement en alternance existe chez nous, la Belgique francophone est arrivée assez tard à ces formes particulières d'enseignement. C'est une question de mentalité. Mais il ne faut pas négliger deux difficultés concrètes : trouver les candidats. Ce n'est en effet pas la première forme d'accès à l'université et ils ne pensent pas spontanément  à l'alternance. Deuxièmement, même si nos contacts avec les entreprises sont excellents, il y a encore trop peu d'entreprises susceptibles de s'engager dans un processus d'alternance qui reste malgré tout exigeant.

L'ouverture du monde académique à l'alternance est récente. En outre, trouver des jeunes intéressés par l'université en alternance et des partenaires dans les entreprises est encore difficile.

Même dans la task force "Feder-FSE" sur la question du financement des masters en alternance, où à priori les gens sont des spécialistes, il a fallu longuement expliquer la différence enseignement en alternance et enseignement en horaire décalé.  Il y a clairement un problème d'information. Donc, une rencontre comme celle-ci est très utile pour continuer le travail de communication !

Eric Robert : faut-il fixer un nombre d'étudiants par an ou bien est-ce fonction des candidats ?

Valérie De Graeve : Il faut faire connaître l'alternance, la vendre aux entreprises et aux candidats. Et garder à l'esprit la qualité du stage en alternance que l'on va proposer pour que cela convienne à tout le monde. Selon moi l'essentiel est de détecter les projets au sein de l'entreprise et trouver le bon match entre le projet, l'entreprise et le candidat. Chez Thales, nous effectuons une sélection stricte via des tests techniques, psychotechniques et de motivation, afin de sélectionner les meilleurs du point de vue technique mais aussi des softs skills.

Eric Robert : l'alternance est-elle un outil de recrutement ?

Valérie De Graeve : L'alternance permet voir la personne évoluer au quotidien au sein de l'entreprise.  Mais ces stages ont une durée de deux ans et il n'est pas toujours évident d'avoir un plan de recrutement sur une aussi longue durée. Donc oui cela peut être un canal de recrutement intéressant mais cela ne doit pas être l'unique motivation. 

Eric Robert : et si on devait changer une seule chose dans l'alternance ?

Valérie De Graeve :  L'organisation. L'alternance une semaine sur deux n'est pas toujours adaptée à la gestion de nos projets.

Bruno Radermaecher : Les mentalités !

Marc Depont : L'organisation aussi ! L'important dans l'alternance, c'est le projet qu'on va proposer au jeune.

Christophe Spens : Une formation pour les tuteurs et un financement revu. Cette année, la promotion comptait 22 étudiants ! Nous avons dû prendre des vacataires uniquement pour assurer les heures de suivi de ces étudiants.

Guiseppe Pagano : Lever les barrières du décret relatif à l'alternance dans le supérieur pour l'élargir à des partenariats de qualité. Et encore informer.

Sylvain et Nicolas : Clarifier le statut de l'étudiant et mettre plus l'accent sur le projet que sur l'entreprise.

Pour les entreprises membres qui souhaitent en savoir plus, Agoria a développé une plateforme web alternance (www.agoria.be/alternance). Pour celles qui souhaitent se lancer dans un projet d'alternance, vous pouvez contacter nos experts (coordonnées ci-dessous).

  • Immersion, Technicien en systèmes d'usinage, formation alternée : Michel Vanquaethem
  • Master en alternance et Bachelier : Laura Beltrame
  • Master en Business Analyst : Jeroen Franssen