Nous avons décroché un bref entretien avec Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DIGITALEUROPE, entre une réunion et un déjeuner de travail. Le thème de l'étude Agoria Be The Change, à savoir le déficit de compétences numériques sur le marché du travail, lui tient tout particulièrement à coeur. Dès les premières secondes, elle s'est lancée dans un plaidoyer enflammé en faveur d'une amélioration de l'enseignement et d'une présence accrue des femmes dans le numérique.


L'étude Be The Change a mis en évidence un problème majeur en ce qui concerne les compétences numériques. Où la Belgique se situe-t-elle sur ce plan par rapport à d'autres pays européens ?

Il s'agit d'un problème qui touche toute l'Europe. Mais la Belgique a déjà accompli un travail considérable, en mettant en place un certain nombre d'initiatives concrètes lui permettant de se démarquer. À cet égard, l'étude Be The Change d'Agoria est unique. Même si la méthodologie doit encore être améliorée, elle pourra être appliquée dans d'autres pays.

Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DIGITALEUROPE : " Investir dans l'enseignement et la formation relève de la responsabilité partagée des pouvoirs publics et des entreprises. "

Il en va de même pour d'autres initiatives, telles que la promotion des femmes dans la cybersécurité. Une plus grande diversité conduit à plus de qualité. Cela a d'ailleurs été prouvé scientifiquement. La plupart des personnes travaillant aujourd'hui dans la cybersécurité sont des hommes blancs et quadragénaires. Nous avons besoin de plus de diversité afin d'éviter d'interpréter les risques toujours de la même manière. Les femmes utilisent d'autres modèles d'analyse et voient simplement les choses différemment. La présence accrue de femmes dans la cybersécurité présente de nombreux avantages, tant du point de vue social que de la sécurité.

Les dirigeants européens sont-ils conscients des opportunités ?

L'enseignement est une compétence nationale mais une action au niveau européen doit être envisagée de toute urgence. Il s'agit d'un des domaines dans lequel nous avons enregistré de mauvais résultats. Les pays ont été trop occupés à organiser des systèmes d'enseignement décentralisés pour rester proches des citoyens. Mais les emplois sont aujourd'hui universels. Il en va de même pour les compétences. Or, il est impossible, par exemple, de faire venir un jeune diplômé du Danemark en Belgique sans créer une véritable pagaille administrative. Il n'existe actuellement pas de cadre opérationnel.

" Nous n'avons jamais introduit le principe du 'meilleur enseignant pour chaque étudiant'. Un élève doit-il être mauvais en maths parce qu'il a un piètre prof ? C'est tout simplement aberrant. Pourtant, les technologies existantes nous permettent aujourd'hui d'avoir les meilleurs enseignants pour donner cours. "

Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DIGITALEUROPE

Nous n'avons jamais introduit non plus le principe du " meilleur enseignant pour chaque étudiant ". Un élève doit-il être mauvais en maths parce qu'il a un piètre prof ? C'est tout simplement aberrant. Pourtant, les technologies existantes nous permettent aujourd'hui d'avoir les meilleurs enseignants pour donner cours. Le professeur peut encadrer l'élève en ligne et lui donner de bons exemples. Un tel système peut être mis en place du jour au lendemain. Mais nous sommes enfermés dans l'ancien paradigme, avec un programme d'études fixe dont nous ne pouvons nous écarter. Nous n'avons aucune innovation dans notre système d'enseignement, ce qui est désastreux. S'il s'était agi d'une entreprise, elle serait en faillite depuis longtemps.

L'avenir numérique et la digitalisation suscitent de nombreuses inquiétudes. Comment pouvons-nous améliorer la perception de la numérisation ?

Les décideurs politiques doivent absolument prendre des mesures immédiates. Si vous me demandez ce qu'il faut faire, ma réponse est claire : l'UE doit s'impliquer davantage pour l'enseignement dans les États membres et investir dans un mécanisme de prévision du recyclage. Même si la Commission européenne n'a aucun mandat dans le domaine de l'enseignement, elle devrait prendre l'initiative en matière de prédiction des compétences de demain. Elle pourrait notamment publier un rapport périodique sur la disruption et les besoins futurs du marché du travail, y compris en ce qui concerne le recyclage. De telles prévisions permettraient de balayer les craintes. Les entreprises peuvent, quant à elles, impliquer leurs travailleurs dans cette évolution et leur expliquer qu'ils n'ont rien à craindre puisqu'elles ont un plan pour eux. Seule l'incompréhension est à l'origine de ces craintes. La démocratie doit avant tout permettre aux gens de réfléchir rationnellement et de prendre des décisions sensées. L'ignorance de ce qui les attend les plonge dans l'incertitude. Ils commencent alors à agir de manière irrationnelle, en votant par exemple pour les mauvaises personnes.

" Nous sommes capables d'aller sur la lune, de fabriquer des armes de pointe, mais pas de faire des prévisions en matière d'emploi ? Ou de donner à nos enfants les meilleurs enseignants possibles ? N'est-ce pas pitoyable ? "

Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DIGITALEUROPE

Par ailleurs, chaque État membre devrait se concentrer sur l'enseignement, car c'est la base. Nous sommes capables d'aller sur la lune, de fabriquer des armes de pointe, mais pas de faire des prévisions en matière d'emploi ? Ou de donner à nos enfants les meilleurs enseignants possibles ? N'est-ce pas pitoyable ?

La solution réside dans l'enseignement et la formation. Les entreprises ont également besoin d'un incitant. Comment pouvons-nous améliorer les choses ?

Au niveau de l'Europe, nous devons réfléchir ensemble à la façon dont nous pouvons transformer le mécanisme développé par Agoria en une méthodologie que nous pourrons appliquer dans d'autres pays. Comment pouvons-nous en faire une méthodologie commune permettant de prévoir les futurs glissements sur le marché du travail ? Comment pouvons-nous réunir des fonds et les faire inclure dans le prochain cadre d'investissement de l'UE ? Cette mission incombe non seulement aux pouvoirs publics, mais également aux entreprises. Il s'agit d'une responsabilité partagée pour l'avenir proche.

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