L'application "My Speedy" de Bridgestone envoie de manière proactive des avertissements et des conseils aux conducteurs concernant l'état de leur voiture. Ils peuvent donc prendre la route l'esprit tranquille. Une série d'algorithmes permet en effet d'identifier les pannes potentielles avant qu'elles ne se produisent réellement. Ou comment un fabricant de pneus exploite les données et l'intelligence artificielle pour améliorer et élargir ses services.


En résumé

  • Un fabricant de pneus embrasse la numérisation
  • App " My Speedy " pour un entretien automobile prédictif
  • Données + intelligence artificielle
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L'industrie du pneu subit toujours plus de pression, notamment en raison de la concurrence croissante en provenance de pays comme la Chine et la Corée, et de l'apparition rapide de l'e-commerce. En 2016, Bridgestone a fait le choix stratégique d'investir dans une transformation numérique afin de maintenir sa position de leader. Faktion, un bureau d'ingénieurs anversois spécialisé dans les solutions d'IA appliquée, est l'un des partenaires qui ont été contactés pour ce faire. Nous avons rencontré Johan Van Langendonck (Head of Solutions Strategy, Bridgestone EMEA), Niels Van Weereld (VP Business Development, Faktion) et Jos Polfliet (VP Applied AI, Faktion) pour en savoir plus sur la nouvelle app " My Speedy " de Bridgestone.

Comment cette nouvelle solution a-t-elle vu le jour ?

Johan Van Langendonck : Bridgestone est le plus grand fabricant de pneus et d'autres produits en caoutchouc dans le monde. De plus, nous exploitons l'un des plus grands réseaux de garages d'Europe, sous des marques telles que Speedy et First Stop. Ce sont des applications très concrètes qui n'ont traditionnellement aucun lien avec les TIC. Néanmoins, nous avons l'ambition d'élargir notre gamme de produits et services avec des solutions numériques complémentaires qui améliorent " l'expérience client " de nos clients, mais créent également une plus grande fidélité et renforcent notre compétitivité générale sur le marché. Il s'agit notamment de solutions qui pourraient aider les clients, qu'ils soient consommateurs ou gestionnaires de flotte, à mieux entretenir les voitures qu'ils conduisent ou gèrent.

Et vous avez donc pensé à une app ?

Johan Van Langendonck : Pas tout de suite. Dans un premier temps, nous avons essayé de comprendre au mieux les besoins réels de nos utilisateurs finaux. Par exemple, nous avons constaté que les conducteurs ne sont généralement pas très au courant de ce qui se passe sous le capot de leur voiture. Ce manque de connaissances peut conduire à des situations inattendues susceptibles d'entraîner une perte d'argent et de temps, voire qui sont dangereuses. Par ailleurs, les voitures modernes sont équipées d'un si grand nombre de capteurs et autres composants électroniques que nous disposons finalement de nombreuses données sur ces évènements pendant la conduite. Nous y avons vu un manque à combler sur le marché. Car qui est le mieux placé pour donner du sens à ces données qu'un acteur comme Bridgestone ? Le choix final d'une application découle de notre conviction qu'il s'agit simplement de la meilleure interface pour communiquer avec des particuliers. Après tout, toutes les notifications ne sont pas envoyées pendant la conduite.

En fin de compte, comment fonctionne l'app " My Speedy " ?

Niels Van Weereld : My Speedy utilise un dongle télématique, installé dans les voitures de nos clients, pour enregistrer en temps réel les données liées à toutes les parties importantes du véhicule (comme les pneus, les freins, la batterie, l'huile moteur, etc.). Ensuite, ces données sont transmises à la plateforme Cloud Bridgestone où une série d'algorithmes les convertit en informations concrètes sur l'état de la voiture. Enfin, ces dernières sont envoyées sur l'app de l'utilisateur sous la forme d'avertissements et de conseils.

Concrètement, comment s'est déroulé le projet ? 

Jos Polfliet : Dès que Bridgestone a été convaincu en interne du concept de l'app " My Speedy ", et donc d'une approche basée sur les données et les logiciels pour l'entretien proactif des voitures (plutôt que sur le matériel), nous avons pu entamer ensemble un voyage qui allait finalement durer près de deux ans. Ce voyage s'est déroulé en trois étapes :

(1) Exécuter une POC (démonstration de faisabilité) sur la base de données expérimentales pour obtenir un minimum de confiance quant à la faisabilité de l'approche choisie.

(2) Élaborer des algorithmes pour générer des prévisions et des idées " artificiellement intelligentes " suffisamment solides pour être testées avec de vrais utilisateurs finaux dans le cadre d'un projet pilote.

(3) Perfectionner ces modèles AI sur la base d'expériences et de données de marché réelles issues du projet pilote, principalement réalisé en France, ce qui est en réalité un processus presque infini.

Tout au long du voyage, Bridgestone a mobilisé une série d'intervenants et de partenaires dans les domaines du commerce, de l'informatique et de la R&D. Une manoeuvre intelligente, car ces trois parties doivent travailler main dans la main si vous souhaitez élaborer des solutions évolutives et viables sur le plan commercial. Sur le plan technologique, une collaboration avec Faktion, Cronos et Microsoft a été privilégiée : trois sociétés spécialisées (0en grande partie) locales capables de fournir des conseils flexibles sur la courbe d'apprentissage à suivre.

Où en est le projet à l'heure actuelle ?

Johan Van Langendonck : Nous avons présenté " My Speedy " au Paris Motor Show en octobre 2018 et le déployons depuis par phase au sein de notre réseau Speedy en France. Les premiers retours étaient déjà très positifs, à la fois en interne chez Bridgestone et chez les utilisateurs finaux. À l'heure actuelle, l'application est proposée comme solution individuelle, mais notre objectif final consiste à l'intégrer dans un contrat " maintenance-as-a-service ". À long terme, nous avons naturellement aussi l'ambition de proposer les solutions dans toute l'Europe.

Enfin, pouvez-vous nous faire part d'autres leçons tirées ? Et peut-être ajouter un petit mot sur les ambitions futures ?

Niels Van Weereld : Avec Bridgestone, nous avons découvert qu'une solution telle que " My Speedy " n'est jamais vraiment aboutie. Aujourd'hui, il apparaît clairement que le moteur d'intelligence artificielle développé pour l'application devra être alimenté en continu pour devenir plus efficace au fil des ans. Cela sera d'autant plus nécessaire si Bridgestone souhaite propulser l'application sur le marché OEM.

Jos Polfliet : j'ai un deuxième enseignement à transmettre aux entreprises : elles ne doivent pas nécessairement posséder toutes les connaissances. Bridgestone a notamment suivi ce modèle : iIs possèdent certes des gestionnaires de produits numériques, mais la majorité des profils d'experts en R&D (matériel, connectivité, etc.) et en IT (science des données, ingénieur cloud, etc.) sont externalisés.

Johan Van Langendonck : À l'avenir, nous avons sans aucun doute l'ambition de développer " My Speedy ". Quelques initiatives ont déjà été lancées pour définir de nouvelles fonctionnalités (AI). Dans les mois et les années à venir, des solutions seront aussi élaborées pour le marché des flottes professionnelles. En plus de définir de nouveaux produits numériques et modèles commerciaux, nous étudions également la façon dont l'intelligence artificielle peut nous aider à optimiser les processus d'entreprise et de fabrication. Après tout, nous sommes fermement convaincus que l'AI peut fournir un avantage concurrentiel sur les deux fronts – " doing more with less ".

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