Dans le cadre de la transformation numérique, le principal défi se situe non pas au niveau de la technologie, mais bien de la culture. Si une entreprise souhaitant franchir le pas a évidemment besoin de temps et de moyens, elle doit avant tout impliquer ses travailleurs. Rien de tel, pour ce faire, que des projets pilotes concrets plutôt que d’éloquents exemples de la Silicon Valley. Telle est la conclusion d'Agoria, qui vient de présenter les résultats de la toute première étude à grande échelle sur la maturité numérique des PME industrielles en Belgique. Celle-ci met en évidence un lien direct entre la façon de travailler et de penser, la culture et le degré de réussite des projets numériques.


« Les précédentes études sur la digitalisation dans les entreprises visaient spécifiquement soit les grandes entreprises, soit les start-up numériques. Or les PME représentent pas moins de 70% de l’emploi dans le secteur privé belge et ont, elles aussi, beaucoup à gagner d’une digitalisation intelligente », explique Danny Goderis, Digital Manager chez Agoria. C’est pourquoi Agoria a cartographié pour la première fois la digitalisation des PME industrielles sur la base de 200 heures d’entretiens téléphoniques avec 400 entreprises.

La bonne nouvelle est que 83% des PME industrielles belges considèrent la digitalisation comme une opportunité. Cela contraste cependant avec leur évaluation de l’impact du développement numérique sur leur secteur. Si 44% sont convaincues qu’il sera considérable, elles sont tout de même un peu plus nombreuses à penser qu’il restera relativement limité. Pour la moitié des entreprises, la digitalisation ne suscite donc aucun sentiment d’urgence, ce qui n’est pas sans risque.

Les résultats concrets

 Sur la base d’une septantaine de questions, les entreprises ont été interrogées sur 3 domaines : la digitalisation des processus opérationnels, l’innovation numérique et la culture d’entreprise numérique. Voici quelques chiffres interpellant :

Huit entreprises sur dix ont déjà entrepris la digitalisation de leurs processus opérationnels. Dans ce cadre, l’accent est principalement mis sur le travail sans papier, au moyen d’une infrastructure informatique propre. Mais, malgré les importants efforts consentis, moins d’une entreprise sur trois déclare avoir bien progressé. Il subsiste donc un énorme potentiel. À noter que la digitalisation commence presque toujours dans un département spécifique et est étendue au reste de l’entreprise en cas de succès. Par ailleurs, il apparaît clairement que la production se numérise plus lentement que les processus opérationnels. Parmi les PME industrielles, 58% collectent des données, 74% disposent d’un système ERP et 50% d’un système CRM. De très nombreuses entreprises ont également pris conscience de l’importance de se protéger contre des cyberattaques. Près de 70% d’entre elles ont un ou plusieurs projets liés à la cybersécurité.

En revanche, les PME industrielles belges sont beaucoup moins actives sur le plan de l’innovation numérique. Seules 4 PME sur 10 ont déjà pris des mesures en vue de numériser leur offre. Les entreprises de services ont pris les devants. Une sur deux investit dans l’innovation de son offre de services à la clientèle. L’étude confirme donc la tendance européenne : l’adoption de la technologie numérique est nettement plus lente dans les entreprises manufacturières. Elles ne sont qu’une sur trois à utiliser l’innovation numérique, en suivant par exemple à distance leurs produits grâce à la technologie de l’Internet des objets. Seule une entreprise sur dix expérimente l’intelligence artificielle ou de nouveaux modèles d’entreprise (numériques).

L’étude s’est également intéressée aux mécanismes d’entreprise qui favorisent ou non le succès du numérique, ce qui a permis d’identifier 5 facteurs de la culture d’entreprise nettement plus présents dans les entreprises les plus matures sur le plan numérique. Ainsi, les projets numériques font généralement partie intégrante de la stratégie de ces entreprises, mais ceux-ci sont développés aussi bien selon une approche ascendante (bottom-up) que descendante (top-down). Une implication précoce et continue est essentielle pour obtenir l’adhésion des travailleurs. Or une telle implication n’est observée que dans 42% des entreprises.

Par ailleurs, les PME industrielles ne se tournent pas suffisamment vers des partenaires numériques externes. Les possibilités de la technologie numérique évoluent très rapidement. Il n’est plus envisageable de tout développer et d’acquérir l’expertise nécessaire par soi-même. Une culture de la collaboration avec différents partenaires est donc indispensable.

Enfin, à peine une entreprise sur cinq possède un responsable de la digitalisation, qui occupe cette fonction à titre principal. Pourtant, c’est en brisant les silos, en alignant les processus des différentes unités opérationnelles et en partageant les données que l’on crée la plus grande valeur ajoutée. Et sans personne pour maintenir une vue d’ensemble, de nombreuses opportunités risquent de rester inexploitées.

Agoria a rédigé sept recommandations concrètes pour aider les entreprises à développer leur culture numérique. Dans le cadre de ses activités, nous mettons également les PME en contact avec d’autres entreprises afin qu’elles avancent ensemble - en tant que pairs et partenaires - dans ce monde numérique passionnant.

Mais nos ambitions ne s’arrêtent pas là. Nous invitons toutes les autorités (et autres parties prenantes) à contribuer ensemble à la culture numérique dont notre société a besoin pour être à la pointe du domaine en Europe. L’organisation d’une Journée annuelle de la digitalisation constitue un signal important à cet égard.

Plus d’information

 Téléchargez ici l’étude complète.

L’étude d’Agoria a été menée en collaboration avec le bureau d’études Kantar auprès de PME industrielles occupant 10 à 250 travailleurs dans les secteurs industriel, alimentaire et des boissons, du commerce de gros, de la chimie, du textile et de l’ameublement ainsi que de bureaux d’ingénierie. Pour ce faire, 400 profils de niveau C d’entreprises actives dans les biens (54%), les services (22%) ou les deux (24%) ont été interrogés par téléphone en juillet et en août 2019. Les participants à l’enquête étaient principalement des CEO (35%), CIO (17%), CFO (8%) et COO (7%). L’échantillon a été sélectionné dans la base de données Belfirst, qui recense notamment les comptes annuels des entreprises belges.