Lors de notre Corporate Event « The Future of Jobs » qui s’est tenu ce mercredi 18 mai, Geert Gielens, Chief Economist & Head of Research à la Banque Belfius, a tenu un plaidoyer en faveur d’un marché du travail flexible et d’un cadre transparent qui stimule l’entrepreneuriat.

La prévision du Forum économique mondial selon laquelle dans les années à venir, plus de 5,1 millions d’emplois vont disparaître à l’échelle internationale sous l’effet de la robotisation croissante et d’autres technologies disruptives ne doit constituer, selon Gielens, aucune raison de céder à une panique excessive : « Il faut rapporter ce chiffre à un total de 1,8 milliard d’emplois, ce qui représente 0,27 %. Si on transpose cela de façon linéaire à la situation belge, quelque 13.000 à 15.000 emplois disparaîtraient d’ici 2020 dans un tel scénario. Ce n’est bien entendu pas une évolution positive, mais ce n’est pas non plus une évolution disruptive. Dans le passé, l’économie a toujours créé de nouveaux emplois et elle continuera à le faire dans le futur. Comme tendance positive, soulignons d’ailleurs que la participation au marché du travail dans notre pays a légèrement augmenté ces dernières années, ce qui n’est pas le cas dans certains pays voisins. La Belgique doit toutefois veiller à ce que cette augmentation profite aussi au secteur privé, car c’est ce dernier qui doit financer les activités de l’État. »

Disruption potentielle

L’attitude la plus stupide que nous puissions adopter, selon l’économiste, c’est de n’entreprendre absolument aucune action. Comme l’Américain Andrew McAfee, qui a pris la parole plus tôt dans la soirée, il est en effet d’accord avec le fait que la technologie peut effectivement avoir un impact disruptif sur l’emploi : « Les fonctions et jobs répétitifs, de nature très routinière, pouvant facilement être traduits en règles et donc être programmés, en seront les premières victimes. C’est ce que nous observons déjà actuellement. De tels emplois routiniers ne concernent d’ailleurs pas uniquement les ouvriers dans l’industrie, mais aussi des travailleurs du secteur des services, tels que les comptables, les analystes… Les emplois qui sont liés à une interaction personnelle avec d’autres personnes ou qui requièrent une capacité de raisonnement fort abstrait courent beaucoup moins de risque d’être automatisés à terme. »

Et si la technologie évolue de façon telle qu’elle peut aussi accomplir des tâches complexes non routinières, elle menacera alors aussi des fonctions "supérieures" et la destruction d’emplois dépassera la création d’emplois, souligne Gielens, qui nuance d’emblée : « Certaines études indiquent que plus de 50 % de tous les types d’emploi que nous connaissons aujourd’hui sont effectivement menacés par cette évolution possible. Mais il ne s’agit pas d’une certitude pour le moment. Nous avons par exemple une bonne idée des emplois qui pourraient disparaître, mais savons beaucoup moins bien quels nouveaux types d’emplois vont encore voir le jour. Pensons notamment à la très récente industrie des apps, qui procure désormais de l’emploi à 1,6 million de personnes en Europe. De plus, on constate qu’une technologie existante n’est pas toujours effectivement appliquée partout. Prenons le cas des voitures : il existe des boîtes automatiques, mais de nombreuses voitures à boîte manuelle circulent toujours. Il peut en aller de même avec les processus de travail. »

Now what?

Gielens estime que la disruption technologique potentielle, si elle se produit effectivement, pourrait aussi conduire à une polarisation sociale. Selon lui, il n’existe hélas aucune "formule magique" pour faire face à ces risques de façon garantie. « Mais, » affirme-t-il, « nous pouvons au moins créer un climat d’entreprise aussi favorable que possible permettant de conserver un maximum d’emplois dans notre économie. Les emplois sont non seulement nécessaires pour faire fonctionner les entreprises, mais aussi pour offrir aux gens le pouvoir d’achat nécessaire à l’achat de leurs produits. Bref, emploi rime avec prospérité. »

« Concrètement, je pense que nous devons stimulerau maximum les investissements dans la technologie et le progrès technologique, car nous ne pouvons stopper l’évolution même. Dans une telle situation, il vaut mieux être à la tête qu’à la queue du peloton. De plus, nous devons aménager notre économie et notre marché du travail de façon telle qu’ils puissent s’adapter aux changements avec toute la flexibilité voulue. Nous avons en Belgique une réglementation très étendue, tant sur le plan technique au niveau des produits qu’en ce qui concerne le marché du travail. Aujourd’hui, cet excès de règles freine l’innovation, sur les deux fronts. Je plaide en faveur d’un cadre transparent avec un bon équilibre  entre les règles qui sont nécessaires pour protéger le fonctionnement de l’économie "traditionnelle", d’une part, et les règles permettant l’innovation de cette économie, d’autre part. Ce n’est pas si simple. Parallèlement, enfin, nous devons réduire le coût du travail, continuer à miser sur un enseignement fort, stimuler l’apprentissage en continu et organiser une bonne adéquation entre demande et offre de travail. »